Poètes médiévaux cherchent héraut : du cloître à la place publique

Auteur invité - 24.01.2018

Livre - cloître place publique - Jacques Darras poésie - poésie médiévale textes


Voici une salutaire entreprise éditoriale, militante, érudite et absolument indispensable à qui souhaite connaître les flamboyantes prémices de la littérature de langue d’oïl. Cette impressionnante anthologie de ce que la littérature septentrionale de langue française (voire picarde) reprend ce que nous a laissé de plus beau et de plus original entre 1225 et 1280 environ.



 

Jacques Darras a magnifiquement compilé et traduit (adapté serait plus juste) à la fois les fleurons de la poésie septentrionale médiévale (Congés d’Adam de la Halle et de Jean Bodel, Chansons de Conon de Béthune, Art d’aimer de Jacques d’Amiens, Fatrasies...). Mais aussi de véritables pépites beaucoup moins connues comme l’extraordinaire Bestiaire d’amour de Richard de Fournival (on en lira par exemple la touchante « Tourterelle »), la Prière à la Vierge de Thibaut d’Amiens ou les sombres Vers de la mort d’Hélinand de Froidmont. 


On savait Jacques Darras poète distingué, angliciste éminent, mais jamais il n’avait si bien mérité son patronyme que dans cette entreprise de remembrance (c’est-à-dire à la fois de remémoration et de remembrement) et de fierté littéraire pour les « provinces du nord ».

Le volume se trouve en effet enrichi de reproductions de magnifiques miniatures en couleur du Bestiaire d’amour, dont le manuscrit enluminé est conservé à la bibliothèque d’Arras, mais surtout d’une magistrale préface qui souligne la nouveauté profonde de la poésie septentrionale des XIIe et XIIIe siècles.

Son essor fut corrélatif à celui d’une bourgeoisie lettrée que le commerce du drap avait su enrichir sans l’abêtir (c’est l’époque des tapisseries arrazzi mais aussi de la construction de la cathédrale d’Amiens) : « Nous sommes tous Arrageois, au Nord, c’est-à-dire les héritiers du théâtre d’Adam, des fatrasies absurdes et des jeux-partis à l’origine de la démocratie. Nous avons le goût des places publiques, des frottements collectifs dans la foule, tout en gardant nos distances avec le lyrisme des émotions individuelles. » 
 

Christian Morzweski

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais

 

Choix, préface et traduction Jacques Darras – Du cloître à la place publique ; les poètes médiévaux du Nord de la France (XIIe-XIIIe siècles) – Editions Poésie/Gallimard – 9782072718892 – 10 €




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Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre :
Total pages : 560
Traducteur :
ISBN : 9782072718892

Du cloître à la place publique

de Collectif(Auteur) Jacques Darras(Traducteur)

Pourquoi personne n'avait-il encore rassemblé les textes médiévaux en langue d'oïl les plus remarquables, dans un seul et même ouvrage ? Pourquoi nulle anthologie n'avait-elle conduit le lecteur d'aujourd'hui jusqu'à eux, par le biais d'une traduction sensible à la langue ancienne? Est-ce parce que composés en français des XIIe et XIIIe siècles ils déployaient une richesse lexicale inouïe, une morphologie singulière, une complexité référentielle peu compatibles avec la compréhension restreinte du lecteur contemporain ? Nous avons pris le parti de rassembler les textes majeurs de cette littérature et de les traduire en français contemporain, pour les rendre accessibles, tout en suivant au plus près leur prosodie octosyllabique et leur lexique imagé. Cette anthologie a ainsi été conçue comme une véritable entreprise poétique moderne. Voici donc la première anthologie à ce jour de la littérature composée en langue d'oïl, dans le Nord de la France (Artois et Picardie) aux XIIe et XIIIe siècles. Soit très précisément dans les années où s'édifia la cathédrale d'Amiens et se développa la prospérité communale et commerciale d'Arras (banques, commerce du drap, association littéraire dite Carité des Jongleurs). Les problèmes d'Arras devinrent vite ceux d'une cité moderne. La littérature apparue dans la ville à ce stade traite pour la première fois en France des questions d'argent, de liberté et de santé. Elle n'a plus rien à voir avec la poésie lyrique des petits seigneurs féodaux du sud de la France, codificateurs de l'amour courtois.

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