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Police : "Labourer la mer"

Cécile Pellerin - 09.12.2016

Livre - Littérature française - policier - souffrance au travail


De façon brutale. Au plus près des corps, des gestes ou des mouvements professionnels ; au plus près des pensées intimes et des souffrances psychologiques de trois policiers, Hugo Boris accompagne une brigade parisienne lors d'une mission de reconduite à la frontière d'un étranger Tadjike.

 

Avec la puissance d'une description objective très réaliste, une précision attentive à rendre compte d'une tension progressive, inexorable et dévastatrice, l'histoire, resserrée sur quelques heures, rapportée sans distance au présent, enfermée dans un cadre spatial restreint, éreintée par une chaleur caniculaire et focalisée sur un nombre de personnages réduits, implique instantanément le lecteur.

 

Sans possibilité d'esquive, entraîné par un rythme alerte, une écriture percutante, un style direct, il saisit d'emblée le profond malaise, le désenchantement, l'ambiance oppressive et la fatigue immense qui enduisent le quotidien ordinaire des trois flics.

 

Happé par l'âpreté du récit, sa noirceur désespérée, il s'accroche avec vigueur à l'humanité des personnages, respire lorsqu'ils échappent encore, de manière furtive et éphémère à l'absurdité d'un monde.

 

 

Des faits-divers de plus en plus sordides hantent l'expérience policière de Virginie, Aristide et Erik. "…un père enfermer son fils dans un frigo pour le punir et l'y oublier, une petite vieille de quatre-vingts ans se faire défoncer la gueule pour vingt euros, un chat manger les parties molles de son maître décédé depuis une semaine, les traces de sang d'un collègue sur l'ordinateur après qu'il s'était tiré une balle dans l'œil".

 

Des conditions de travail de plus en plus difficiles et exténuantes, un salaire indécent ont retourné leurs trois vies. Désynchronisés (deux ans de sommeil en retard"), les gestes deviennent plus mécaniques, automatiques, les rires plus grinçants, l'humour plus douteux. Ils ont appris à ne plus s'étonner. Se détacher. "On est plus efficace quand on n'a pas trop d'empathie".

 

Comme revenus de tout, du corps à corps violent, des odeurs, des agressions verbales, des lourdeurs administratives, de l'abus de pouvoir de certains chefs, de la honte du métier, ils sont vides.

 

"Ce soir c'est trop pour elle. Cette nuit dans ce véhicule, à hauteur de Nogent-sur-Marne, la situation n'est pas franche."

 

Réquisitionnés pour conduire un clandestin à l'unité locale d'éloignement de l'aéroport de Roissy, les trois policiers embarquent dans leur voiture, Asomidin Tohirov, réfugié Tadjike. Rapidement informée que l'expulsion vers son pays condamne cet homme à mort, Virginie réagit de manière inattendue et entraîne avec elle Aristide et Erik.

 

Une tentative désespérée qui s'entremêle en continu avec des pensés intimes, la confronte avec la vie qu'elle mène, le sens qu'elle n'y trouve plus, l'amour et le désir et déploie également chez Aristide et Erik des retournements intérieurs, un questionnement profond.

 

Associées au réel, se déploient ainsi confessions de sentiments et d'émotions, intranquillité permanente, aussi intenses à révéler la difficulté d'être soi que la souffrance humaine de cette profession.

 

Hugo Boris est le lauréat 2016 du prix du roman populiste Eugène Dabit


Pour approfondir

Editeur : Grasset Et Fasquelle
Genre :
Total pages : 190
Traducteur :
ISBN : 9782246861447

POLICE

de Hugo Boris

Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.  Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.  En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

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