Politique, Stasi et cadavres dans le Berlin moderne

Mimiche - 02.01.2020

Livre - Magicien Bulgarie Berlin - politique cadavres stasi - Magdalena Parys


ROMAN POLICIER – Un rêve récurrent ! Un cauchemar ! En 1980, quelque part en Bulgarie, deux hommes, à coups de chaussures et de crosse de fusil, viennent de tuer Boszewski sous les yeux de son compagnon qui tombe lui aussi dans un grand trou noir, atteint, à son tour, par un coup de crosse.



 
Trente-un ans plus tard, dans un bureau froid d’une administration bulgare de Sofia, Gerhard Samuel, un photo-reporter allemand bien connu et reconnu, essaie de retrouver la trace de son ami Boszewski dont la disparition, alors qu’il essayait, via la Bulgarie, de passer à l’Ouest depuis la Pologne où il était un représentant syndical très en vue, n’avait jamais été élucidée. Mais les interlocuteurs qui le reçoivent font barrage à ses questions et ne lui laissent aucun espoir de voir ses recherches aboutir.

Plus tard, déstabilisé par son échec, Gerhard a quitté son hôtel pour aller à ce rendez-vous que Frank Derbach lui avait donné dans un café proche. Mais, alors qu’il approche du café, de loin il a aperçu Frank solidement empoigné par deux hommes et jeté sans ménagement au fond d’une voiture qui a immédiatement filé, étouffant les cris de Frank.

Retour précipité et fébrile à l’hôtel où le réceptionniste lui remet une enveloppe déposée à son attention par un inconnu. Mais trop troublé par cet enlèvement, sous ses yeux, ce n’est que bien plus tard, alors que le réceptionniste lui a confirmé qu’il ne pouvait pas avancer son vol de retour à Berlin, que Gerhard l’ouvre pour découvrir un message de Frank et les documents qu’il lui envoie, confirmant ainsi l’importance du rendez-vous qu’il avait souhaité avec tant d’insistance !

Devant ces découvertes, Gerhard décide de partir au plus vite passer la nuit à l’aéroport pour y attendre son avion, mais, dans sa précipitation à courir dans la rue à la recherche d’un taxi, il est terrassé par la crise cardiaque qui le menaçait depuis quelque temps déjà, n’ayant eu que le temps de passer un appel téléphonique alarmiste, mais incomplet, car haché par ce cœur en train de faillir, à Waldemar Tschapieski, à Berlin.

Peu de temps après, le commissaire en chef Tschapieski rejoint, dans un immeuble de Berlin transformé en squat, mais alors déserté suite à l’arrivée de la police, le commissaire Kowalski qui effectue déjà les premières constatations auprès du cadavre horriblement mutilé de Frank Derbach, ancien employé de l’Office Fédéral en charge des archives de la Stasi...

Aucun souci d’identification du mort : un appel anonyme à la police a fourni toutes les informations indispensables et tous les moindres détails pour découvrir rapidement le crime. Sauf la réponse aux inévitables questions pourtant fondamentales : qui et pourquoi ?
 

Trame policière solide


Les réponses, vous les trouverez au fil des pages de ce roman épais et dense de Magdalena Parys qui va vous entraîner dans une histoire qui fait froid dans le dos dès la page 1 où, en exergue avant le titre du livre, est reportée cette citation : « Dans l’État de Brandebourg, sur les vingt-six députés de gauche du Landtag, un sur quatre avait jadis travaillé pour la Stasi ! »...

Car c’est sur les restes de cette période lourde d’oppressions et d’espionnage quasi individualisé (à voir si ce n’est déjà fait, l’excellent film La Vie des Autres  à ce sujet) que Magdalena Parys organise la trame de son ouvrage, elle qui a pu, avec ses parents, quitter enfant sa Pologne natale pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest où elle est installée depuis (mais où elle continue d’écrire en Polonais !).

Et on découvre, au fil du récit, l’importance de ces archives de la Stasi qui compilaient tant et tant d’informations personnelles que certains n’ont pas manqué d’utiliser à leur profit pour avancer leurs propres pions par chantage (et autres malversations ou moyens expéditifs...) et grimper quatre à quatre les escaliers du pouvoir.
 
L’intérêt (et la qualité) de ce roman, c’est bien justement de faire promener le lecteur sur une frontière imprécise entre la fiction et une réalité où ces archives pourraient bien n’avoir pas disparu pour tout le monde, où des pressions personnelles continueraient d’être activées, où des hommes utiliseraient ces informations pour des objectifs qui n’ont rien à voir avec l’intérêt commun (qui est donc cette intervenante entendue récemment à la radio qui disait que ce qui posait vraiment problème et rend inacceptable la surveillance exercée sur les gens, c’était la faiblesse humaine de celui qui surveille ?) !!!...

La trame policière du roman n’est cependant en rien amoindrie par ce cadrage historique et, malgré ses 500 pages, il ne laisse jamais le temps au lecteur de s’ennuyer tant le récit, son intrigue, ses rebondissements ou ses péripéties sont parfaitement maîtrisés et enchaînés, émaillés qu’ils sont de ces références raccrochant le roman au réel et à l’Histoire.

Du coup, ce n’est qu’un vrai plaisir de se laisser porter par une narration vive et agréable. Attention cependant à ne rien manquer de tous ces détails anodins que Magdalena Parys dissémine de loin en loin et qui, l’air de rien, déroulent un policier bien ficelé.

Magdalena Parys, trad. Margot Carlier et Caroline Raszka-Dewez – Le magicien – Agullo – 9791095718512 – 23 €


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