Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps, de Pierre Orban : le temps de l’engagement

La rédaction - 13.01.2017

Livre - Le temps de l’engagement - Pierre Orban roman - Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps


Depuis plusieurs décennies, les éditions du Cerisier se démarquent du champ éditorial belge par un engagement politique et sociétal. Cet engagement se retrouve dans leurs différentes collections et publications. Aujourd’hui parait ainsi un nouveau roman, Pour avoir de l’espoir, faudrait du temps, écrit par Pierre Orban, dans la collection « Faits et geste ».

 

 

 

S’il s’agit d’un roman, il puise néanmoins ses sources d’inspiration dans une réalité très concrète : la crise économique en Espagne et le mouvement des « Indignés » qui en découle. Pour donner corps à cette matière politiquement très dense, l’écrivain a choisi deux héroïnes, Alba et Luna, deux jeunes que tout oppose et rapproche en même temps.

 

Les après-midis passés à l’appartement sont pénibles. En théorie, je pourrais les employer pour me former via les cours d’université en ligne, contribuer à Wikipédia, tenir mon blog, poursuivre mon argumentaire pour une limitation sur le salaire et la fortune dans une économie de marché (…). Mais en pratique, je peux passer plusieurs heures à ne rien faire ou presque, prise de fatigue, incapable de me concentrer, ralentie par un sentiment de vide qui pèse sur mon corps.

 

 

L’une vit chez ses parents et s’implique dans la mise en place d’une révolte de la société ; l’autre a, quant à elle, une posture de révolte contre la société. Ce sont donc des combats avec des implications réelles et concrètes qui donnent la matière narrative au roman.

 

Et si le  mouvement des Indignés, avec ses rassemblements, ses espoirs et ses désillusions, forme le cadre du tableau romanesque, les chapitres se découpent en des instants de vie. Chacun est ainsi amené à se débrouiller en usant de moyens plus ou moins légaux pour gagner non pas « sa vie », mais bien une possibilité de vivre décemment : Alba donne des cours de français ;  Luna, quant à elle, offre  – parfois – son corps…

 

La narration est ainsi très dynamique, agréablement servie par une prose poétique, dans laquelle chaque mot est savamment choisi. Écrit sous la forme du « journal », ce roman est dense et riche. Soyons claire : il ne se lit pas comme les « pourparlers » d’un mouvement sociétal. Il invite davantage à se poser des questions, dans une langue simple et efficace. Les faits sont posés ; c’est au lecteur à analyser, à réfléchir.

 

Une question en filigrane semble traverser le roman : quelle est le rôle de la jeunesse dans le monde d’aujourd’hui ? À méditer…

 

Primaëlle Vertenoeil

 

 

Avec Le Carnet et les instants