Pour en finir avec Dieu, Richard Dawkins

Clément Solym - 25.09.2009

Livre - pour - finir - dieu


Richard Dawkins, éthologiste et théoricien de l’Évolution, père du célèbre concept de gène égoïste (The Selfish Gene, 1976) et du moins glam mais peut être plus important encore concept de phénotype étendu (The Extended Phenotype, 1982), est avant tout, et de l’avis général, un grand vulgarisateur. C’est sans doute cette dernière qualité qui lui donne le plus voix au chapitre (c’est le cas de le dire) concernant le problème de l’existence de Dieu. Ou plutôt de sa non-existence. Car c’est à cela, ni plus ni moins, qu’il s’attelle dans son ouvrage Pour en finir avec Dieu (The God Delusion, 2008). Même pas peur.

La science a son mot à dire sur la question, n’en déplaise à ceux qui se réfugient dans d’incessantes digressions théologiques (avez-vous besoin de l’avis d’un fééologiste pour décider si oui ou non les fées existent ?). La question de savoir s’il existe une intelligence surnaturelle qui a délibérément conçu et créé l’univers et tout ce qu’il contient est une question scientifique. « Ce qui importe, ce n’est pas si Dieu est réfutable (il ne l’est pas), mais si son existence est probable. C’est une tout autre chose. », nous rappelle Dawkins. L’agnosticisme pur et dur (le prudent « dans le doute je dirais 50-50 ») n’est pas de mise ici, car la science fait sérieusement pencher la balance d’un côté.

À grand coup d’Évolution et de démonstrations par l’absurde, Dawkins pulvérise un à un les arguments en faveur de Dieu pour conclure que son existence est hautement improbable, ne lui laissant que la portion congrue de la théière de Russell (je ne peux pas être sûre à 100 % de la non-existence d’une minuscule théière en porcelaine en orbite entre la Terre et Mars). Alors évidemment c’est un peu bâclé et il vaut mieux parfois ne pas regarder la logique et la cohérence d’ensemble de trop près. C’est le fameux trade-off entre quantité et qualité. Le mérite de Dawkins est surtout de faire un récapitulatif très complet sur LA question, et, comme d’habitude chez lui, ça fourmille d’anecdotes et de citations érudites dans lesquelles on piochera sans vergogne pour alimenter ses discussions métaphysiques.

Le cas de « l’hypothèse Dieu » expédié (en 200 pages), Dawkins s’attaque au gros morceau : la religion.

Anti-créationniste pugnace, anti-Intelligent Design acharné, athéiste revendicateur et rationaliste passionné, celui qu’on surnomme le Rottweiler de Darwin part en croisade. L’ambition du bonhomme est de convertir les croyants tièdes (on doute qu’il y parvienne : il a la diplomatie d’un bulldozer), mais aussi de pousser les athées au coming out (il utilise le terme). Et c’est sans doute là qu’il est le plus pertinent. Je m’explique.

Quand ils ne se cachent pas carrément (comme dans la « théocratie » des USA que Dawkins dénonce avec virulence), les athées ont tendance à montrer un respect trop prononcé envers la liberté religieuse, plus qu’envers la simple liberté d’expression. Or, pour Dawkins, la religion est néfaste et repose trop souvent sur un endoctrinement liberticide par essence. Dans le cadre de la psychologie évolutive, on peut l’envisager comme un vulgaire effet secondaire indésirable de la sélection naturelle de quelques qualités cognitives particulières, utiles par ailleurs. Il faut donc la descendre de son piédestal : « Nous devons respecter la religion de l’autre, mais seulement dans le sens et dans la mesure où nous respectons sa théorie que son épouse est belle et ses enfants intelligents. » (H.L. Mencken) (cité par R. D. p42)

Bien que se voulant humaniste, l’effacement des athées face aux religions laisse le champ libre aux fondamentalismes. L’adhésion à la théorie de la théorie de l’Évolution, quant à elle, n’est pas un fondamentalisme puisque tous ses partisans savent exactement quel type de preuves les feraient changer d’avis : « Des lapins fossiles dans le précambrien » pour reprendre le mot de J.B.S. Haldane (cité par R. D. p165). Sans le dire explicitement (et c’est dommage), Dawkins rappelle que le fait scientifique diffère par nature d’une simple croyance ou d’une opinion. Et qu’il est important de lutter contre l’hypothèse Dieu.

Athées de tous les pays unissez-vous ! Faisons circuler le mème de l’Evolution ! *

*Pour ceux qui ne connaissent pas Dawkins, un mème est l’équivalent, dans le monde des idées, d’un gène ; pour les autres…, vous ne pensiez tout de même pas qu’il allait nous épargner ses mèmes ? Ceci dit en l’occurrence le concept est assez efficient.


 

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