Précaution inutile, Marcel Proust

Clément Solym - 16.12.2008

Livre - precaution - inutile - Marcel


« Lire Proust est tout ce que vous auriez besoin de retenir de la littérature du XXe siècle », concluait un des professeurs de Lettres à l'université : par respect pour sa famille et la considération de ses collègues, nous ne le nommerons pas. Toute considération personnelle mise à part, ce genre de sentence lapidaire n'a qu'un seul mérite : démontrer à quel point l'homme était obtus. Mais un peu comme Caton l'Ancien invectivait Carthage, en réclamant sa destruction, lui ponctuait ses interventions de ce conseil idéal pour dégoûter son auditoire.

Et pourtant, c'est grâce à lui que certains étudiants ont pu passer une scolarité heureuse, sans ouvrir la moindre page d'un livre rédigé par notre romancier. Ou presque. C'est avec une pointe de fierté que je me compte parmi ceux-là : Proust, c'est un peu comme Harry Potter, aucun doute sur l'enthousiasme qu'ils peuvent susciter, mais pour ce qui est de les lire, on doit pouvoir trouver plus urgent... Et puis à la même époque ou peu s'en faut, on pourrait ne citer que Saint-John Perse à découvrir.

Quelle ironie dès lors que de se retrouver avec un livre de Proust, justement dans les mains, alors que quelques heures encore auparavant, je m'enorgueillissais de cette ignorance ! Fichtre. Car pour n'en avoir jamais rien lu, ou si peu, les grandes lignes finissent toujours par vous parvenir. Un titre, un lieu, Combray, des noms, Albertine ou encore ce Narrateur démentiellement exhibitionniste de son mal-être... bref, nul étudiant de Lettres n'a pu échapper ne serait-ce qu'à une étude de texte, ni même passer à côté d'une tasse de thé avec ou sans citron ou d'une madeleine sans que Marcel ne se rappelle à son bon souvenir.

Ici, on plonge en plein dans les prémices de l'Oeuvre : la résumer n'a pas grand sens. Alors qu'en dire ? Que définitivement Proust n'est pas digeste à mon goût : si ses mythiques phrases à rallonge ne sont pas le point majeur, on ne sera pas déçu de la lourdeur qui règne dans le livre. Parlant des yeux d'Albertine qui ont changé : « ils avaient bien la même couleur [NdR : bleu, au cas où...], mais semblaient être passés à l'état liquide.Si bien que quand elle les fermait, c'était comme quand avec des rideaux on empêche de voir la mer. » Indigeste...

L'histoire de ce manuscrit ne manquera pas de raviver les nostalgiques, puisque publié de façon posthume, sans même qu'il ait le temps de le relire (les mauvaises langues diraient pour le brûler...) et selon M. Ferney, qui présente l'édition, « ce sont moins des extraits qu'un montage, une version brève et originale de La prisonnière ». Ne disposant pas, de fait, du savoir nécessaire pour en découdre avec ces considérations, nous serons plus expéditifs, d'autant que les précautions sont inutiles : c'est passablement ennuyeux et pénible à lire.

Les amateurs devraient largement y trouver leur compte...


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