Présence africaine : Abdourahman Wabéri et Alain Mabanckou

Auteur invité - 20.12.2019

Livre - Abdourahman Wabéri - Alain Mabanckou - présence Africaine


ESSAIS – J’ai rencontré pour la première fois Abdourahman A Wabéri en 1999, lors de la remise du Prix littéraire « Un mandat pour la liberté » que j’avais créé au sein du Pen Club français dont j’étais alors trésorier, avec le soutien de Frédérico Mayor, directeur général de l’UNESCO, aux côtés de mon ami le poète et éditeur Jean Orizet, qui lui en était le président. Abdourahman venait tout juste de publier un ouvrage percutant intitulé « Balbala » aux éditions le Serpent à Plumes.



 
Je me souviens d’un garçon, frêle, timide et effacé, mais dont le sourire juvénile et le regard lumineux, presque naïf, laissaient pressentir une humanité profonde et bienveillante tournée intégralement vers l’Autre. C’était son premier prix littéraire ! Autant vous dire son émotion non contenue, mais bien plus encore sa surprise dans l’émerveillement de la subite récompense.

Depuis, l’écrivain a fait son chemin, avec une quinzaine de livres publiés à ce jour, romans, poésie, essais, et dont la reconnaissance dépasse désormais largement les frontières hexagonales. Bien que Franco-djiboutien, l’auteur à choisi de franchir l’atlantique pour rejoindre les États-Unis où il enseigne désormais et qui rappelle étrangement le parcours d’un autre compatriote lui aussi devenu célèbre en la personne d’Alain Mabanckou que j’avais aussi publié en 2001 avec Matthias Vincenot dans une anthologie qui a fait date, consacrée à la poésie française et francophone sous l’égide de France Culture.

Merci Laure Adler ! Deux écrivains, deux œuvres, dont la similitude considère la présence africaine sur le continent. Des voix qui s’élèvent en somme, pour dire ce qu’est l’Afrique aujourd’hui. Ils ont d’ailleurs publié ensemble en octobre dernier Un dictionnaire enjoué des cultures africaines.

Une sorte d’abécédaire « buissonnier » qui se veut une cartographie minutieuse et fouillée, mais d’abord et avant tout un chant d’amour dédié à l’Afrique et à sa diversité culturelle, qui contourne adroitement les idées reçues dans un style que l’on pourrait aisément qualifier de ludique et passionné. 

 

Pourquoi tu danses quand tu marches ? 


De son côté, Abdourahman A. Wabéri a publié cet été un roman inattendu et émouvant à plus d’un titre, Pourquoi tu danses quand tu marches , qui  fut sélectionné pour le prix Renaudot. Un ouvrage autobiographique s’il en est qui lève le voile sur le caractère de l’intimité en faisant tomber le masque de la hantise et de l’incompréhension face à soi-même et à ses différences.



 
Être différent depuis sa tendre enfance suppose une certaine lucidité de la condition humaine dans sa réalité la plus abjecte, l’exclusion partielle du groupe social dans lequel on est accidentellement immergé, qui oblige l’être considéré à trouver refuge dans la solitude des mots, avec à l’esprit la capacité de surseoir au manque et apprendre à la contourner sans contraindre sa vie tout entière au silence. D’ailleurs l’auteur est un père de famille aimant, mais conscient des dangers qui le guettent.

Une raison suffisante pour tenter de gagner sa liberté sans consentir à une violation de la profondeur humaine, mais qui implique malgré tout et comme par insolvable nécessité à retourner dans un passé naturellement refouler. Certains souvenirs en effet doivent s’éteindre à jamais. Ne plus souffrir ! « Dis papa, pourquoi tu boites ? » interroge sa petite fille sur le chemin de l’école. Avec soudainement en toile de fond une mémoire retrouvée qui interroge le chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui.

L’éternel visage de l’institutrice Madame Annick, mais aussi la mer Rouge et la plage de Siesta dans un pays dévoré par l’injustice, la maladie et la précarité. Une autre figure inoubliable, sa maman Zahra « silencieuse et dure » parce que trop aimante, la grand-mère surnommée affectueusement Cochise, sans oublier le « papa-la-Tige » qui vendait ses bibelots à la sauvette.

Dans ce monde-là, nourrir sa famille est essentiel, car cela implique la survie ! Le lecteur comprendra alors au fil des pages, la force des mots surgis des ténèbres de l’esprit encombré et brumeux, mais dont l’optimisme inné reste finalement en mesure de conjurer le mauvais sort, afin de dire, écrire sa propre vérité. Sans tabou et sans honte. Juste à hauteur d’homme. Et cela suffit !  

Alain Mabanckou, Abdourahman Waberi – Dictionnaire enjoué des cultures africaines – Fayard – 9782213706047 – 20 €
Abdourahman Waberi – Pourquoi tu danses quand tu marches ? – JC Lattès – 9782709665568 – 19 €



Jean-luc Favre Reymond est un écrivain, poète et critique français né en 1963 en Savoie. Il a publié de nombreux ouvrages. Traduits tout ou partie en huit langues. Il figure dans le Larousse de la Poésie française. Édition établie par Jean Orizet en 2007. Il a publié Tractacus logico-poeticus. Suivi d'Epistémé en septembre dernier (editions 5 Sens - 9782889491155)


Commentaires
Alain Mabanckou et Abdouraman sont deux grands noms de la littérature africaine (Peu importe que certains critiques affirment que celle-ci n'existe pas en se blottissant sur le concept Littérature Mondiale inspiré de Goethe). Dans mes manifestations littéraires, j'essaie de parler trop de Mabanckou pour que le peuple sache ce qui se passe aujourd'hui en littérature plutôt que de demeurer le gros oeil rivé sur le rétroviseur de l'histoire

de notre littérature. Coup de chapeau aux artistes. A lire de nous dans les prochains jours :La chair d'Alain Mabanckou. Analyse commentée du discours littérature... !
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