Probablement, Vincent Delerm

Clément Solym - 23.11.2011

Livre - Probablement - Roman - Vincent Delerm


On connaît ce qui fait la singularité artistique de Vincent Delerm, son don d'observation, sa plume fine teintée de dérision. « Probablement », tout juste paru, rassemble des textes et photos de l'artiste, d'une exquise drôlerie. Le son est coupé, pas de mélodie, pas de hochement de tête sur les notes d'un piano, mais là aussi, c'est autant l'habillage de ses mots qui marque les esprits. Les trouvailles crépitent dans la culture de la nostalgie. 

 

L'ombre de l'automne se dissout sur les manèges. Nous sommes à la foire Saint-Romain, sur les quais de la Seine à Rouen. Un après-midi de Novembre. C'est le moment pour repenser à toutes les foires Saint-Romain traversées, au fil des ans. 

 

Les allées aiguisent leurs arêtes au soleil. Ce décor parfaitement découpé est si net qu'il semble presque en deux dimensions. Il a en même temps une réalité en si haute définition que l'œil si heurte. En tournant les pages, même si l'on se dit « probablement », on ne peut être que submergé par cette certitude du réel.


Le soleil amorce sa descente sur les montagnes russes, les enseignes scintillent de pépites d'un or parfait comme un feu d'artifice de gâteau d'anniversaire. De temps en temps, on pourrait penser qu'un canard pique du nez dans l'eau de son bassin oval, d'un mouvement ondulé, souple mais rapide comme un tic. 

 

Le titre « Probablement » traduit, sans doute, l'impossibilité de parvenir à une vérité quelconque, comme si on ne pouvait rien faire de mieux, en cette vie, que de produire une description de ce qu'on a sous les yeux. Le langage, comme la photo, ne révélera pas l'énigme ultime de l'existence, mais il nous permettra de traduire nos émotions, nos pensées. 

 

Dans tous les arts, et même en sciences, ce qu'on appelle finalement vérité est comme une description mathématique des phénomènes observés. En littérature, on recherche une forme d'adéquation, d'adhésion. Dans tous les cas, on a toujours à faire à une description forcément incomplète, susceptible d'être complétée ou renversée par d'autres.


S'il y avait des vérités, on ne serait plus forcés de courir sans fin après le réel. C'est ainsi que Vincent  Delerm prend le parti de l'inventer, le rêver, l'imaginer. Et c'est beaucoup plus drôle

 

Ce que recherche certainement l'auteur est cette vérité particulière que fixe la photographie. Une mémoire mêlée à l'imagination, un souvenir à la prévision. Chaque page nous saute à la figure comme un feu d'artifice. Elles ont le goût des barbes à papas et l'odeur des fumigènes. Elles font de ce livre une fête, belle et bien réelle. 


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