Proust Fiction, Robert Juan Cantavella

Clément Solym - 27.01.2012

Livre - Proust Fiction - Robert Juan Cantavella - Le Cherche Midi


C'est un drôle de zig, ce Robert Juan-Cantavella, une canaille tout en gouaille.

Si on peut le décrire comme un satiriste, son rapport au champ strictement littéraire semble être celui d'un amoureux des mots, d'un mordu de styles, de genres, et des histoires farfelues.


Il s'amuse, joue sur tout, ajoutes des notes en bas de page plus longues que le corps du texte, fait déjà de bric et de broc. A l'aune de toutes les littératures, c'est assurément une plume précieuse

 

Les sept nouvelles qui composent Proust Fiction ont toutes un point commun : prendre la littérature à contre-pied. Qu'il s'agisse des géants de Don Quichotte, de l'allégorie de la Caverne de Platon, des Fables de La Fontaine, de la madeleine de Proust ou des reportages gonzo de Hunter S. Thompson, chacun de ces textes nous en montre un reflet déformé par le kaléidoscope de l'humour et de l'ironie.


Nous apprendrons, par exemple, que le chevalier à la Triste-Figure n'était peut-être pas si fou que ça ou encore tout ce qu'À la Recherche du temps perdu doit à Quentin Tarantino.

 

 Il y a dans Proust Fiction non pas une tentative de vivre dans et du corpus de la littérature mondiale, mais la volonté de faire une réelle intertextualité, comme cela a souvent été évoqué ces derniers mois. Mélanger les textes, apporter sa propre culture esthétique, la mixer, pour créer une œuvre complètement originale. 

 

Avec un entrain frisant la bouffonnerie, un style inventif et truculent, l'auteur réussit surtout à créer un genre tout nouveau, qui dépasse les frontières du burlesque. Un peu zinzin sur les bords, Proust Fiction dresse donc le portrait d'un homme qui, au risque d'y laisser des plumes, met la littérature à l'épreuve, face à ses limites, en s'attaquant aux plus grands auteurs, intouchables. 

 

Son écriture, évocatrice, donne à penser et offre une succession de morceaux d'anthologie dont on ne se lasse pas. Sa madeleine est donc à lire avec gourmandise.