Puristes et pudibonds, passez votre chemin

Auteur invité - 26.08.2019

Livre - Puberes putains - L'ane qui butine - Jean-Pierre Verheggen


POÉSIE - « Que tout puriste puritain de la langue et du sexe s’abstienne de la lecture de ce récit ! » Christoph Bruneel, le traducteur de Pubères, putains, prévient. Jean-Pierre Verheggen n’est pas sérieux.
 

Son éditeur, L’Âne qui butine, le définit comme le « capitaine Haddock de la poésie ». « Nous aimions chier dans la colle comme ce n’est pas permis », dit-il. L’ouvrage Pubères, putains fut publié pour la première fois en 1985 par Cheval d’attaque.
 
La langue de Verheggen penche du côté de Rimbaud, ou plutôt du Rambo de l’album zutique qui tire à vue sur tout ce qui bouge et s’accorde, de « casquette » à « quéquette »… « S’apprête, Baguette, Et foire ». Un Ado Rambo qui aurait l’oeil darne, et sauterait dans la flache, un pied près du coeur.

Même quand elle se passe de verbe, la langue, ici, est toujours en branle. Pleine d’éminences, elle se dresse, se génère dans une gourmandise à la Rabelais, dérive entre mots drus et mots précieux, mots rares et mots crus, mots savants ou surgis des entrailles. Pubères, putains : le texte a la beauté et la violence d’un accouchement.

Un texte d’enfance sauvageonne ; texte de passage entre la tête et le corps, qui épouse le cruel et le sexuel, l’obscène et la pureté, « la crasse, et la beauté vivace ». Le poète flamand Peter Holvoet-Hanssen parle « d’un soupçon de Lautréamont ».

L’Âne qui butine nous offre une confrontation page à page entre une langue étrangement proche et lointaine, qui secoue et remue en nous des sonorités premières, des irréguliers du langage et une langue, le néerlandais, qui nous est totalement étrangère.
« Les particularités linguistiques et imaginées de Jean-Pierre Verheggen nous invitent à nous mouvoir dans le délit, le délire de la langue, des langues diverses et multiples », écrit Christoph Bruneel. Le traducteur savait à quoi s’attendre. « À lui de s’éventrer la panse lexicale, et de recoudre mot à mot, son à son, l’ambiance foutraque et à lier. »

À la sortie, le résultat est étonnant, détonant. Le grand Jan Fabre, lui-même, confie : « Je l’ai lu d’un souffle, quel captivant plaisir de lire et quel vertigineux et subversif dégueulis de langue. Du pur sang belge. »
 
HERVÉ LEROY


Jean-Pierre Verheggen, trad. néerlandais Christoph Bruneel -  Pubers, pietenpakkers : relaas / Pubères, putains : récit – L’âne qui butine – 9782919712236 – 22 €
 
 
 



Commentaires
Ça c'est de la chronique joyeuse échevelée et virevoltant.
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