Pyramiden, Kjartan Flogstad

Clément Solym - 03.08.2009

Livre - Pyramiden - Kjartan - Flogstad


Pyramiden, une ville norvégienne perdue sur une île non loin du cercle arctique, longtemps exploitée par la Russie post soviétique pour son charbon, est aujourd’hui un lieu déserté, fantôme en somme. Tout y est l’expression d’un monde et d’une conception de la vie aujourd’hui disparus. La ville de l’idéologie du real-socialisme par référence : architecture, gratuité des services, besoins pourvus de façon efficiente (...).

Une utopie parmi d’autres ? Peut-être pas... même si la ville est aujourd’hui vidée de ses habitants et laissée à l’abandon, une présence s’en dégage cependant. Tout y est resté en l’état tel un véritable témoignage historique d’une certaine imagerie de la Russie soviétique. Aujourd’hui, le visiteur aura davantage l’impression de visiter les ruines d’un empire effondré où la nature reprend peu à peu ses droits.

Pyramiden se trouve à la croisée des chemins entre des conceptions idéologiques antinomiques : à la croisée des chemins entre idéalismes socialistes qui la caractérise et la proximité de la culture occidentale. Il s’agit aussi de la topographie et d’une étude sociogéologiques d’une région que nous connaissons finalement très peu, mais qui témoigne pourtant d’une histoire et d’une géopolitique relativement compliquées, le tout dans des conditions météorologiques extrêmes. Car il s’agit là d’un véritable périple auquel invite Kjartan Flogstad pour atteindre cette ville du bout du monde.

L’autre dimension de ce livre de « voyage » consiste en une chronique du parcours du mineur, l’habitant de cette ville, au sein d’une société où la production stakhanoviste est la règle première, mais qui paradoxalement – en comparaison d’autres cités de références sous l’ère soviétique – présente pourtant un visage humain. Des ouvriers venus des quatre coins de l’empire soviétique se sont ainsi vus offrir des avantages nuls vus ailleurs par une société réputée difficile. Un véritable sentiment d’appartenance à cette congrégation ressort de Pyramiden, appartenance reliée forcément à la grande Nation, à la gloire et à la toute-puissance industrielle. L’ouvrier est alors au centre de la société, au centre du récit puisque tout repose sur lui jusqu’à ce que les logiques changent...

Cette logique irréversible qui est la cause de la fin de Pyramiden : la réévaluation de la fiabilité économique de la mine face à de nouvelles sources d’énergie. « L’usine c’était tout, c’était Dieu » puisqu’à l’exception des activités minières, il n’existait et n’existe aucun autre signe de civilisation alentour.

Les écrits de Kjartan Flogstad invitent plus largement au voyage, la ville de Pyramiden étant rapidement envisagée sous un aspect plus global, celui des fermetures des mines de par le monde, depuis le Chili jusqu’en Russie. C’est le moyen de se lancer vers les différentes représentations de la mine et de son ouvrier forcément relié à la terre nourricière, mais aussi mangeuse d’hommes.


 

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