Quand Beretta est morte, Nadia Bouzid

Clément Solym - 24.06.2008

Livre - Beretta - morte - Nadia


C’est Isabelle qui lui a trouvé son surnom : Beretta !

C’est sûr que ce n’est pas extraordinaire, mais c’est quand même plus rigolo que Berthe, parce qu’avec « aux grands pieds » systématiquement accolé derrière, depuis les plus petites classes, à l’entrée au lycée, cela commençait à « ne plus le faire vraiment ».

Et c’est au travers d’une colle reçue conjointement pour avoir un peu « dérapé » pendant un cours de maths que va commencer un rapprochement entre ces deux ados un peu dans la même dérive bien que provenant d’horizons très différents.

Rien de calamiteux cependant dans leurs comportements quelque peu en marge des autres élèves de leur classe vis-à-vis desquel(le)s elles ressentent finalement quelque chose qui les unit contre les autres, contre « le même ennemi ».

Le cadre est dressé d’un lycée certainement très classique. Avec des ados formant des petites tribus s’excluant ou se rapprochant les unes des autres au gré des évènements. Avec de bons élèves et des moins bons. Avec des « conformes au moule » et des rebelles. Avec des récrés. Avec des cafés pris aux bistrots voisins (chaque tribu le sien) parce que c’est la seule boisson qui reste encore compatible avec leur budget. Avec des clans qui se font et se défont au rythme des amitiés et des amours.

Et au milieu de tout cela, Isabelle et Beretta vont jouer avec le feu. Avec tous les feux.


 Avec son style assez incisif, Nadia BOUZID nous promène dans ce milieu lycéen où se mêlent des vies qui se cherchent et qui mélangent un peu fiction et réalité. Où le caractère entier des uns et des autres, à un âge aussi excessif qu’il peut être rempli d’incertitudes, tente de trouver son équilibre. Alors que rien d’autre n’est sûr que le doute et le déséquilibre. Alors qu’il est encore loin le temps de l’indépendance vis-à-vis de la famille même s’ils s’en défendent encore farouchement.

Cette plongée à laquelle elle nous invite n’a rien de très rassurant et projette, en filigrane, la difficulté que peuvent éprouver les parents à aider, à rassurer ces jeunes déboussolés sans les effaroucher ou les effrayer au point de les voir s’envoler, tels des oiseaux apeurés, vers des horizons incertains, des coins d’ombre où ils ne sont plus accessibles à quelque main tendue que ce soit, fût-elle remplie des meilleures intentions du monde.

Nadia BOUZID a pris le parti de noircir le trait et de faire de son roman une tragédie crue et, par certains côtés, effrayante. Sans que transparaisse clairement le message qu’elle voulait nous communiquer.

Il en reste un arrière-goût amer à la dernière ligne du livre : un exercice gratuit ? Un fantasme ? Une vision noire de la vie ?

Édité dans une collection « Horreur », j’aurais conclu à un exercice de style destiné à des amateurs du genre. Mais chez Grasset, cela m’a laissé interdit. Soit j’ai loupé quelque chose, soit…