Quand la baleine blanche murmure l'ordre du monde

Mimiche - 19.11.2019

Livre - baleine blanche - Luis Sepulveda Métailié - environnement, nature mythes


ROMAN ETRANGER - « Un matin (…) on a trouvé une baleine échouée (…) probablement intoxiquée par toutes les ordures qu'on jette dans la mer ». Ainsi commence l’Histoire d’une baleine blanche, de Luis Sepulveda.
 

 
Tous ceux qui ont assisté à ce spectacle désolant ont été remplis de tristesse, de chagrin et de compassion.
 
Puis les marins ont tiré ce corps sans vie avec leur bateau pour le rendre à l'océan. Seul un enfant a gardé le regard rivé sur eux jusqu'à ce que leur embarcation ne soit plus qu'un point à l'horizon.
 
Alors le narrateur a tenté d'engager la conversation avec l'enfant mais celui-ci a senti que, pour chacun d'entre eux, ce n'était pas la même tristesse qui les avait envahis. Pour cet enfant, ce n'était pas qu'une simple baleine. C'était beaucoup plus.
 
Alors l'enfant s'est levé et, avant de le quitter, il a offert au narrateur une magnifique coquille en lui disant ; « mets-la contre ton oreille et la baleine te parlera ».
 
Alors le narrateur a entendu une histoire merveilleuse.
 
 
J'hésite à trancher.
 
Ce livre est-il un ouvrage onirique pour les enfants ou un livre initiatique pour les adultes ? Ou l'inverse ?
 
Avec ses illustrations de Joëlle Jolivet et sa police de caractères relativement importante, il pourrait laisser croire qu'il est destiné aux enfants.
 
Mais de toute évidence, le texte possède une profondeur que les adultes ne manqueront pas de décrypter et de recevoir sans ambiguïté.
 
En fait, je crois que, avec cette Histoire d'une baleine blanche, Luis Sepulveda rejoint le Petit Prince ou encore Jonathan Livingston , le goéland dans le panthéon des livres universels destinés à être lus et relus, à certes figurer aux meilleures places des bibliothèques mais surtout à passer de mains en mains comme un nouveau message humaniste, à accompagner les yeux qui se ferment sur un sommeil merveilleux, à réfléchir sur notre responsabilité d'habitants de notre Planète Bleue qui n'en pourra bientôt plus de supporter sans casse toutes les agressions que nous lui faisons subir.





La baleine blanche raconte l'histoire d'une rencontre. Celles d'un animal marin gigantesque avec un autre animal terrestre, bipède, malingre que le premier apprend à découvrir avec étonnement, avec curiosité, avec prudence, avec crainte, avec colère !
 
Déjà, découvrir, au détour des constatations naïves que fait le mammifère marin depuis son poste d’observation entre deux vagues de houle, que l'homme est « la seule espèce qui attaque ses semblables » ne peut que lui apporter craintes et interrogations. Et certainement très peu d'empathie aussi.
 
Mais ajouter, année après année, d'autres travers toujours plus mortifères, d'autres actes « d'ingratitude et de convoitise » caractérisant ces êtres qui « dans le bois, la terre et la mer (…) prennent tout ce qu'ils veulent, sans demander avant et sans aucun signe de gratitude après », voilà qui les disqualifie aux yeux de la Terre-mère !
 
Qu'adviendra-t-il de nous quand nous aurons planté tous nos harpons dans tous les animaux de toutes les espèces avec lesquelles nous devons partager notre planète A en l'absence d'une planète B ?
 
Enfant ? Adultes ? Adultes ? Enfants ?
 
Au fond, tout le monde devrait lire ce conte merveilleusement raconté (et traduit) de Luis Sepulveda.
 
 
Luis Sepulveda, ill. Joëlle Jolivet, trad. espagnol (Chili) Anne-Marie Métailié - Histoire d'une baleine blanche – Métailié - 9791022609012 - 12 €


Commentaires
Je l'ai lu. C'est un beau conte, aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes. Une fois n'est pas coutume, c'est une histoire triste (mais une histoire triste bien faite). Contrairement aux précédents contes animaliers de Sepulveda, celui-ci consiste en partie en une réécriture ou en un détournement du "Moby Dick" de Melville. Il est très possible, d'ailleurs, que je n'aie pas saisi toutes les allusions, car je n'ai pas encore lu ce roman (qui est lui-même, plus qu'un pavé, un vrai cachalot de bibliothèque). Mais, de ce que j'ai compris, l'univers du conte et l'univers du roman de Melville ne se croisent qu'assez tard dans le livre, et partiellement - la rencontre reste malgré tout marquante.

Comme les précédents livres de Sepulveda pour la jeunesse parus chez Métailié, c'est aussi un bel ouvrage, avec de belles illustrations et un beau travail sur la couverture et la reliure.
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