Quand le requin dort de Milena Agus

Clément Solym - 25.05.2010

Livre - famille - pere - amour


Une famille sarde. La grand-mère. Le père. La mère, fille de la grand-mère. La tante, sœur de la mère. Le frère. Et elle. Elle qui décrit. Elle qui raconte. Qui raconte ces vies.

Celle de la grand-mère qui se désole de voir sa deuxième fille, la tante, buter sans arrêt sur des peines de cœur sans jamais trouver celui qui la consolera pour toujours.

Celle du père qui a épousé la mère et qui l’adore même s’il attendait surtout de rencontrer celle avec qui il espérait partir au bout du monde pour des voyages sans fin. Qu’il n’a pas faits.

Celle du frère qui ne cesse de subir avanie sur avanie, à l’école, de la part des grands, des forts, qui sont toujours là pour lui faire subir leur loi, lui confisquer en fait lui voler ses affaires, l’accabler de la honte du faible qui ne peut se rebiffer et finit par haïr cette école et ne rien désirer d’autre que rester à la maison pour jouer inlassablement du piano.

Celle de la mère qui aura toujours été mal dans sa peau, qui s’habille comme un sac et qui aime tant le père. La mère à qui le père interdira de retourner travailler afin de disposer de tout loisir pour peindre.

La sienne. Celle d’une petite fille qui regarde tout son monde en se demandant si Dieu existe tant il est insupportable de penser qu’il n’est pas capable de s’apitoyer un peu sur le sort de la mère, de la tante, du frère. Une petite fille qui vit une relation inavouable avec un homme marié. Sexe surtout. Spécial. Où chacun trouve ce qu’il peut. Certainement pas l’amour.

Milena AGUS est de retour avec encore un de ces livres dont elle a le secret. Un livre en finesse et dureté dans lequel, d’une page à l’autre, pour la narratrice, Dieu existe et n’existe pas. Avec plusieurs histoires qui s’entremêlent tout en restant, chacune, imperméable aux autres malgré la conscience familiale d’un quelque chose en commun.

Milena AGUS imagine ses personnages prisonniers, tels Jonas dans sa baleine, dans la bouche du requin, coincés derrière ces rangées de dents terribles qui pourraient parfois être le châtiment de Dieu.

Alors, ils doivent attendre que le requin s’endorme pour que la fuite devienne possible entre les mâchoires relâchées afin de rejoindre, certainement pas grâce à Dieu ou peut-être à cause de lui quand même, une plage où la mer est plus sereine.

Il y a des pages qui débordent d’amour et d’autre qui sont pleines de violence et de tristesse. Souvent de cette violence dont l’amour est capable quand, sur les deux, il y en a un qui, trop vite, n’a plus d’amour à partager. Il y a surtout une écriture magnifique superbement rendue par une traduction laissant transpirer la poésie originelle.

Et du fond de situations désespérées, de situations où l’espoir semble avoir définitivement fait fausse route, recommence à briller un soleil nouveau quand, sous les doigts magnifiques du frère, s’élève la musique de Beethoven. Une musique dans laquelle éclate « la fragile, tragique, joyeuse et divine intensité de la vie ».

Je n’aimerai pas être « l’ombre du chien » de Milena AGUS. En revanche, j’aimerais être sa plume pour être le premier à entendre chanter ses mots sur le papier !

 

Retrouvez Quand le requin dort, de Milena Angus, en librairie



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