Quand le tueur se fait sentimental : le noir à l'heure du conte

Mimiche - 20.02.2019

Livre - Journal d'un tueur sentimental - Sepulveda nouvelles noires - Points poches


NOUVELLES - Avec un humour parfois grinçant, toujours là comme pour essayer de nous dire qu’il n’entend pas, par cette incursion dans ce domaine littéraire, s’y prendre au sérieux, Luis Sepulveda déroule trois histoires superbement écrites avec des scénarios aux antipodes les uns des autres.
 
 
Histoire 1. Un contrat à « six zéros, nets d’impôts » n’est certes pas une chose qui se traite à la légère et il est nécessaire, pour un tueur professionnel, dans ces conditions, de ne rien laisser au hasard, de tout parfaitement maîtriser, de ne pas laisser d’espace à une surprise.

Mais là, alors qu’il arrive à Madrid, notre tueur le sent bien, « la journée avait mal commencé ».
 
Dans la chambre d’hôtel où il ouvre l’enveloppe qui lui a été remise par le réceptionniste, notre tueur a du mal à se concentrer sur les dernières informations qu’il a reçues par téléphone : contre toute attente de la part d’un homme dont le métier se veut fait de solitude, ne voilà-t-il pas qu’il ne cesse de songer à sa « petite amie », qu’il a rencontrée quelques temps auparavant dans un café de Saint Michel à Paris, avec laquelle il était à Mexico en vacances et qui doit venir le rejoindre à Madrid pour une petite semaine…

 
Histoire 2. Suite à l’interpellation de voleurs de bétail au beau milieu des Andes qui s’est terminée par une décharge de chevrotines dans les fesses de l’un des voleurs (qui a préféré avoir l’intention de se servir de sa mitraillette Uzi, ce dont l’inspecteur Cancaman ne lui a pas laissé le temps en faisant usage de sa propre arme), ledit inspecteur se voit muté dans une brigade urbaine de la capitale.
 
Cela aurait pu être pire. En effet, celui à qui il a fait perdre l’usage des fesses pour s’asseoir pour un temps indéterminé s’avère être le fils d’un général qui aurait bien aimé donner une autre issue à cet incident, dont le compte rendu fait l’objet de sévères entorses à la narration des faits tels qu’ils se sont réellement produits.
 
Le voilà donc contraint d’abandonner son cheval et son arme pour rejoindre, à Santiago, le « service des enquêtes sur les crimes sexuels ».
 
La conductrice du taxi qui le ramène à la pension où il va loger est, elle, totalement ravie de transporter celui qui a fait « exploser le cul du fils d’un sacré fils de pute »…


Histoire 3. Alors qu’il lève son verre d’eau gazeuse pour accueillir les cadres de son entreprise de maroquinerie installée à Milan, Vittorio Brunni meurt subitement.
 
L’autopsie demandée par la police ne révèlera rien qu’une mort naturelle qui semble ne pas convenir à Contreras, un limier ancien flic, mandaté par la compagnie suisse d’assurances, chez qui Vittorio Brunni avait contracté un contrat, contrat destiné à verser un million de francs suisses à un dénommé Manaï localisé au Paranal, sauf si la mort, justement, n’est pas naturelle.
 
Les explications évasives de la police ne convainquent pas non plus Ornella, la fille de Vittorio, qui entreprend de pousser Contreras à rechercher le pourquoi de la mort de son père.
 
 
Je ne connaissais pas Luis Sepulveda dans le registre « policier ». Je peux cependant vous assurer qu’il y tient une place qui n’a rien a envier aux maîtres du genre : ses trois petites histoires font mouche avec beaucoup de pertinence et s’avèrent, chacune, être une petite merveille dans sa catégorie.
 
Chacun de ses trois personnages principaux est un modèle du genre : des professionnels aguerris qui, sous leurs dehors un peu bonasses, sont redoutables dans leur métier.
 
Ainsi, sans pourtant donner l’impression de quelque chose de terriblement structuré, ces histoires s’avèrent être des constructions dans lesquelles il est délicieux de se laisser entraîner.
 
L’auteur ne s’interdit pas, au contraire, quelques égratignures distribuées aux uns et aux autres (les généraux fils de pute, les industriels qui n’ont aucun scrupule à tuer des espèces protégées voire des populations indigènes qui ont l’outrecuidance de ne pas partager la même approche de la nature qu’eux, …) qui ont fait mon régal.
 
Mais ce que j’aime surtout dans ces trois histoires, c’est cette écriture limpide, rafraîchissante, simple, envoûtante qui fait qu’en deux lignes, on se retrouve dans le cœur de l’action, transporté ailleurs, dépaysé en terre inconnue, immergé dans les eaux troubles de milieux différents.
 
Courtes (trop courtes certainement !), ces histoires se lisent à cent à l’heure et on en sort en se disant que, décidément, Luis Sepulveda aurait dû ne pas se limiter à ces cinquantaines de pages et, au contraire, nous faire profiter plus longuement à chaque histoire de son magnifique talent de conteur.


Luis Sepulveda, traduit de l'espagnol (Chili) par Jeanne Peyras - Journal d'un tueur sentimental - 9782020541756 - 5.90 €


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Editeur : Points
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Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782020541756

Journal d'un tueur sentimental et autres histoires

de Luis Sepúlveda(Auteur)

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