Quand les loups sont humains, la traque jamais ne doit cesser

Mimiche - 06.02.2019

Livre - Louise Michel Loups - anarchisme terrorisme lutte - classiques Garnier Jaunes


ROMAN FRANCOPHONE - Le mariage de Stéphanine et de Pierre Panine était un vrai mariage d’amour. Même si Pierre avait étonné tous ses amis qui ne lui connaissaient d’attraits que pour la littérature et la sobriété des études. Le vieux baron Orloff, le père de Stéphanine, était, lui, heureux de cette union magnifique. Le jour du mariage, est apparu Stanislas, pourtant parti depuis longtemps, mais venu constater le bonheur de son ami Pierre.
 
 
 

Le seul premier regard échangé entre Stanislas et Stéphanine suffit pour semer définitivement le trouble dans les yeux de celle-ci dont le cœur se mit à pleurer alors que Pierre sentait une immense tristesse l’envahir.
 
Trois mois plus tard, au cours d’une véritable chasse au loup, les nihilistes (dont Pierre, Stéphanine et Stanislas font partie) participant à la battue ne parviennent pas à éliminer un « loup humain », le baron Moïse, qui est l’un de leurs grands persécuteurs en Russie.
 
Ailleurs, dans une forêt autour de Petersbourg, un voyageur rend visite au Moujik Ivan Ivanovitch pour lui acheter un attelage de magnifiques chiens de traîneau. Mais peu confiant dans l’avenir que le voyageur réserve, une fois parvenu au terme de son périple, à ces chiens qu’il a dressés avec passion, Ivan propose de faire partie du voyage pour pouvoir les ramener avec lui.
 
Ailleurs encore, à la prison-forteresse de Pétersbourg, sur les bords de la Neva, le commandant Zolotoff se désole de constater que son fils, Paul, n’affiche pas d’enthousiasme pour accéder aux plus hautes dignités de l’empire et comme lui, le chef local de la police du tsar, arrêter le plus de nihilistes possible.
 
Mais Paul, profitant d’une entrevue avec son père dans la forteresse, dérobe à ce dernier des documents qui vont lui permettre de mener à bien l’évasion du nihiliste Ebenezer, l’un des meneurs du mouvement, pour le soustraire aux tortures qui lui étaient infligées et lui permettre de reprendre les actions du mouvement nihiliste contre les loups humains. Ces loups qui persécutent les peuples de Russie et d’ailleurs, qui sont les bourreaux des pauvres maltraités et qui ne méritent que la mort.
 
En s’échappant de la forteresse, Paul et Ebenezer s’élancent dans une folle fuite destinée à préparer la reprise de la lutte.
 

Qui n’a jamais mi le nez dans un livre de Louise Michel risque, à l’évidence, d’être un peu retourné par un tel premier contact. Ce fut mon cas à la lecture de cet ouvrage dont le titre avait déjà une connotation qui me laissait dubitatif : chasser les loups n’est pas du tout ma philosophie, bien au contraire…
 
En revanche, chasser les « loups humains » est beaucoup plus acceptable quand il s’agit de s’opposer à l’oppression de l’homme par l’homme. Et sur ce terrain, Louise Michel n’y va pas de main morte, donnant aux idéaux nihilistes, tout l’appui de sa plume particulièrement virulente, violente, engagée et, je crois qu’on peut le dire, sans nuance.
 
L’important travail de présentation, de préparation à la lecture, que représente le texte introductif de Claude Rétat est, bien sûr, nécessaire pour resituer historiquement ce roman paru initialement en 1891 dans une France qui se relève à grand peine de la guerre contre la Prusse et des mouvements insurrectionnels de la Commune de Paris, une vingtaine d’année plus tôt.
 
Il permet également d’aborder cette lecture, prévenu des envolées combattantes et enflammées de l’auteure qui ne manquera aucune occasion de parsemer son texte de passages appelant à l’engagement, au soulèvement, à cette « chasse aux loups humains », avec une violence et une persévérance sans frein.
 
A Paris, à Londres, à Moscou, le roman de Louise Michel appelle la foule des bas-fonds (où « l’action paupérisante du capitalisme » fait des ravages) à prendre les armes contre les maîtres et l’Etat : les propos sont durs. Tuer est le mot d’ordre.
 
L’idylle des premières pages est bien vite effacée par le prosélytisme et l’engagement politique. L’amour d’Ivan pour ses chiens semble s’inscrire dans un « plus je connais les hommes, plus j’aime les bêtes » qui ne se dément jamais. Le roman est un chant d’invite au soulèvement pour anéantir l’oppresseur et ses répressions. C’est un cri désespéré qui n’a pas trouvé d’alternative à la douleur d’une vie misérable.
 
Il est étonnant de constater combien ces attitudes extrêmes rejoignent par certains côtés les revendications jusqu’au-boutistes actuelles des ronds-points (où, convergence anecdotique mais amusante, la couleur des gilets est la même que celle de la couverture de cette édition !) et trouvent, dans des situations personnelles, subies, préoccupantes et inacceptables dans notre société d’un XXIème siècle croulant sous les excès, le gaspillage, les inégalités et la gabegie, le même écho et les mêmes justifications à des actions désespérées auxquelles les promesses politiques ne savent pas répondre.
 
Voilà une lecture bien d’actualité !


Louise Michel - La chasse au loup - Classiques Garnier - 9782406081234 - 20 €

 


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Pour approfondir

Editeur : Classiques Garnier
Genre :
Total pages : 358
Traducteur :
ISBN : 9782406081234

La chasse aux loups

de Louise Michel

La Chasse aux loups de Louise Michel (1830-1905) avait disparu depuis 1891. Le texte complet est ici retrouvé. C'est un roman bref, violent, construit sur un message : il faut tuer, et sur une chanson : " Les quatre couteaux ". Roman frénétique du terrorisme, dominé par l'amour de la mort, cette chasse infernale, qui est une chasse aux hommes, agglutine la fiction, l'histoire, l'actualité, les grands mythes, et la vision cosmogonique.

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