Quand les Supérieurs partirent, l'humanité découvrit un vide immense

Nicolas Gary - 11.09.2018

Livre - Les hommes sans futur - PIerre Pelot roman - les mangeurs d'argile


ROMAN FRANCOPHONE – Pierre Pelot nous gâte. Parce que plusieurs tomes de ses Hommes sans futur sont déjà prévus en réédition chez Frenchpulp. La saga avait été originellement puubliée en 1981 chez PressesPocket. Savoureux. Dans ce qui a tout d’un western post-apocalyptique, on traverse une planète dont la population humaine est totalement désœuvrée. Comme dépossédée d’une part de son essence.

 


 

 

Quand dans l’échelle de l’évolution, l’humanité se retrouve soudainement deuxième, il y a de quoi plomber le moral. En quelques années sont apparus les Supérieurs, des humains qui ont muté, reléguant l’homo sapiens sapiens au niveau du chimpanzé. Nous étions l’espèce dominant toutes les autres ; nous voici devenus des animaux de compagnie, que l’on considère avec un doux mépris. 

 

Face à ces Supérieurs, les « mangeurs d’argile » ont enfin partagé ce sentiment d’impuissance devant un autre capable de vous surpasser. La fourmi peut-elle reprocher à la semelle de l’écraser ? Certainement. Mais la semelle s’en moque...

 

Et un beau jour, les Supérieurs disparurent, laissant l’humanité plus désemparée encore. Que reste-t-il de soi, quand le vide s’est fait autour de vous ? D’autant qu’il naît encore des enfants Supérieurs, le drame, la crainte de tout parent. Rough Nandura a marché longtemps pour rencontrer un bois-bonheur : on prête à ces humains le don de pouvoir empêcher la venue au monde d’un Supérieur. Rough et sa femme en ont besoin. On leur a tant parlé de cet homme...

 

De son côté, Lice veut partir, quitter la ville. Elle étouffe, et a fini par convaincre Kildred Quenan de la suivre : cet ancien chef de la milice locale est âgé, mais semble désormais avoir le goût d’un voyage. Un ultime départ. D’ailleurs, si les Supérieurs ont déserté, pourquoi l’humanité s’entête-t-elle ? Qu’adviendra-t-il de notre monde, demain. 

 

Rien, possiblement.

 

Si l’on ignore véritablement à quel point la planète que nous connaissons aujourd’hui a été dévastée, le constat s’impose. Le métro fonctionne, mais on entend peu parler de voitures : l’énergie fossile serait inexploitée – ou épuisée ? On traverse le roman avec ce sentiment d’un lendemain d’hiver nucléaire. Presque verrait-on des virevoltants – ces plantes sèches qui traversent les scènes de western – parcourir les rues.

 

Avec une once de mysticisme, on pourrait y lire une réinterprétation de la théorie kabbalistique – le tsimtsoum, ce retrait de Dieu après avoir créé l’univers. Si la nature a horreur du vide, les humains ont reconstruit leur existence après le départ des Supérieurs, mais reste un sentiment de vide terrifiant.

 

Comme si leur absence avait provoqué un malaise plus grand que leur présence n’induisait l’humiliation d’être déchus. Des hommes sans futur, certes, une planète désolée. Voici le récit déchirant d’une espèce ahurie, dont certains membres tentent de garder la tête haute.

 

Regarder vers les cieux, à la recherche d’un espoir. Et s’il n’y a rien ?

 

 

Pierre Pélot – Les hommes sans futur – Frenchpulp – 9791025103821 – 11 €

 

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Commentaires

Curieusement, à lire cette critique, on a l'impression qu'il s'agit d'une nouveauté, alors que c'est une réédition d'un roman paru chez presse-pocket en 1981...
Absolument, nous allons le préciser.

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