Quand un ange se met à crier, ça pisse le sang et les plumes

Clément Solym - 24.09.2012

Livre - crime - psychologue - meurtrier


« Notre Père qui êtes aux Cieux... » Ceci n'est pas un rappel des cours anciens de catéchisme, mais bien l'introduction du nouveau roman de C.E. Lawrence, qui a oublié de consulter le BAT avant de donner son accord à l'impression de son dernier livre. Le topo est pourtant aussi alléchant qu'un épisode de ces séries policières qui peuplent les chaînes télé à partir d'une heure indue. « Le corps nu d'une jeune fille est retrouvé sur l'autel de la chapelle d'une université du Bronx. Sur son buste est gravé le premier verset du Notre Père. »

 

Eh bien, on ne va pas tarder à vous le faire crier cet ange, en passant l'aventure au laboratoire d'expérimentations de ActuaLitté - sans qu'aucun animal ne soit jamais blessé, bien entendu. Rendez-vous pour les pages 69 et 99 du roman, qui vont nous dévoiler la vérité, crue, nue. 

 

P. 69, l'épreuve :

 

La première épreuve, c'est tout de même de supporter les pages, imprimées avec un interligne obscène à force de hauteur. Mais une fois la difficulté visuelle dépassée, on plonge dans l'enfer. On a donc affaire à l'éternel petit garçon - Samuel - traumatisé par une mère inquisitrice et très probablement despotique. Qui exerce sur ce fils son influence destructrice. 

 

Au point que Samuel, l'esprit peuplé de jeunes filles dénudées, ou au moins en nuisette, s'approche de dortoirs, un vendredi soir, dans l'espoir de se rincer l'oeil. Faut pas non plus déconner : on peut être un esprit pervers et salace, et avoir sa dignité de traumatisé. Manque de chance, le vendredi, les filles sont de sorties. Et Samuel reste un instant avec ses pensées torturées qui lui vrille le cerveau, avant que son attention ne soit captée par des gémissements criants de vérité.

 

Mais le petit est tellement frappé de culpabilité qu'il se terre dans l'obscurité, et se fait mal à écouter les bruits explicites et impurs de celle qui n'est déjà qu'une traînée. Excitation malsaine pour un gamin complètement perturbé. Notre ange a au moins les ailes bien salies de souillures...  Une simple scène de description pour en savoir plus sur notre petit psychotique, et de bon aloi.

 

En avant pour la suite !

 

P.99, ou ce que souffrir veut dire : 

 

Là, on verse dans le dialogue, voire la stichomythie effrénée. On passe ici sur un portrait-robot psychologique de notre petit tueur, baptisé sobrement Le Découpeur. Chose qui lui va assez bien. Deux policiers échangent un tissu de banalité sur le pourquoi des défaillances émotionnelles du criminel, le tout avec un classicisme toujours aussi pesant. 

 

Et, comme par enchantement, on retrouve à peu de choses près tout ce que Samuel, seul devant les dortoirs de filles, trente pages plus tôt, laissait doucement filtrer de son caractère de frustré renfermé. Rien de bien original, vraiment. Ni de très stylistique d'ailleurs. 

 

Chuck, Walker et Lee bavardent donc gaîment de celui qui découpe les femmes, et entretient patiemment sa rancoeur vis-à-vis de Dieu - ou de sa mère devenue la messagère des commandements divins. Mais personne ne fera l'affront au lecteur de lui mâcher le travail à ce point. 

 

Conclusion ? C'est pas très bon, c'est pas très sexy, ni excitant. Ca donne envie de relire du Duras pour oublier que ce genre de livre, vraiment, ça ne vaut que pour la créativité - limitée - que l'éditeur développe autour de la couverture. Allez, zou !

 

 

A retrouver dans notre librairie, avec Decitre