Quand une arnaque de pieds nickelés tourne au polar industriel

Nicolas Gary - 23.04.2018

Livre - racheter usine voisins - Argentine corralito société - situation économique Argentine


Dans la région de Buenos Aires, les montées de chaleur ne doivent parfois rien à la température extérieure. Quand une crise économique frappe, les habitants aux abois font monter la pression. Le roman d’Eduardo Sacheri, La nuit de l’usine, s’inscrit précisément dans ce contexte. Ça tombe bien, non ? 



 

 

En 2001, le ministre de l’Économie d’Argentine déploie une série de mesures économiques pour réagir face à la crise que traverse le pays. Fuite des capitaux, courses aux liquidités… ce qui ne devait durer que trois mois fut maintenu durant une année. En espagnol, on avait rebaptisé ces mesures corralito – en référence aux parcs pliants pour bébés, autant qu’aux enclos pour animaux. 

 

Non loin de la capitale argentine, huit hommes et voisins décident de faire de la résistance. En effet, le corralito imposait un retrait de 250 pesos maximum. Et aucun transfert vers l’étranger. Ils se regroupent pour racheter des silos abandonnés sur un domaine agricole. Objectif, monter une coopérative. 

 

Mais on éprouve rapidement le sentiment d’une alliance de bras cassés réunis pour un coup, plus que de professionnels de l’escroquerie. D’ailleurs, tous se feront doubler par l’un d’entre eux, qui va partir avec l’argent réuni. Et de la coopérative on passe à l’association de malfaiteurs, regroupés autour d’un plan plutôt réussi, pour retrouver leur argent.

 

On sourit, beaucoup, notamment à l’évocation de Comment voler un million de dollars, avec Peter O’Toole et Audrey Hepburn – la dimension cinématographique forte du roman n’échappera à personne. Ce roman, dont le fond historique est primordial – encore très proche de nous –, élabore une affaire de vengeance, savamment orchestrée. 

 

Il pourra manquer un peu plus de profondeur aux personnages pour les rendre plus attachants – sachant justement qu’une barrière vient de ce que corralito fut un véritable traumatisme en Argentine… mais résonnera moins fortement pour le lecteur français. Des personnages plus fouillés auraient apporté une plus grande sympathie. 

 

Des centaines de familles furent ruinées, du fait du corralito, privées de leurs ressources bancaires par l’État.

 

Mais ces habitants d’O’Connor, la petite localité, emportés par Perlassi, ancien footballeur à succès, aujourd’hui retraité et gérant d’une station-service, font bien le job. Une déclinaison du roman noir, assez dépaysant, avec une solide dose d’humour, où un improbable groupe d’aventuriers retraités fait face et front à une arnaque. Surtout que leur escroc n’est autre qu’un banquier. 

Ah ironie...

 

En 2016 Eduardo Sacheri remporta le prix Alfaguara de Novela, pour ce texte – qui garantit la commercialisation en Espagne, Amérique latine et États-Unis. Le groupe éditorial Santillana a en effet racheté ce prix en 1998, créé en 1965, mais arrêté en 72. Avec 175.000 $ de dotation, sa vocation est désormais pleinement axée sur le développement hispano-américain. 


(à paraître 26/04) Eduardo Sacheri, trad. Nicolas Verin – La nuit de l'usine – Editions Héloïse d’Ormesson – 9782350874524 – 22 € | Ebook 9782350874531 – 17,99 €
 


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.