Que souffle la tempête, les femmes debout resteront

Mimiche - 26.02.2019

Livre - Port des Vents - Hortense Dufour roman - Presses de la cité


ROMAN FRANCOPHONE - Port-des-Vents. Au bout de la terre de Charente, qui fut un jour Inférieure et qui est devenue Maritime. Port-des-Vents, le bien nommé. Au bout, il y a l'Océan et, au-dessus, le Vent. Qui souffle parfois violemment comme il a su le rappeler lors des récentes tempêtes.
 


Port-des-Vents a un pied sur terre et un pied sur cette eau qui sépare la presqu'île d'Arvert et l'île d'Oléron. Un mince détroit que les gens du cru appellent le pertuis de Maumusson. Redouté de tous les navigateurs comme de ceux qui restent à terre car le vent et l'eau s'y font plus terribles encore quand ils y mêlent leurs violences.
 
Ports-des-Vents, où la dureté des éléments façonne les hommes autant que les paysages. Durs, taiseux, rudes, les pieds dans l'eau des claires où croissent les huîtres. Des maisons basses aux murs épais et aux fenêtres étroites pour donner le moins d'emprise possible aux éléments.
 
Indiana est née à Port-des-Vents mais, contrairement à sa famille, elle est partie vivre une vie différente ailleurs, après des études qui ne lui offraient que peu d'opportunités locales. Et puis c'est une femme libre. Qui élève seule sa fille. Loin de son compagnon qui ne voulait pas de cette enfant qu’elle a donc assumée sans lui.
 
Elena, sa fille, remplie de ce pays à chacune des occasions où elles revenaient vivre quelques vacances dans la maison héritée du grand père, a maintenant l'âge de vouloir par elle même et de décider de rester avec sa grand mère pour travailler avec elle.
 
Et poursuivre, reprendre le flambeau de ces femmes volontaires qui sont restées à terre quand leurs maris disparaissaient, se faisaient prendre par la vie, les laissant seules avec leur amour et cette obstination à toujours se relever quoi qu'il advienne, quel que soit le coup du sort, quelle que soit la turbulence de la vie.
 
Des femmes qui forment la lignée familiale, le point commun, le repère, la sécurité, le rempart à tout.
 
Des femmes belles, puissantes passionnées, laborieuses, solitaires, fortes, mues par un appétit féroce de vivre et de faire vivre, les unes après les autres, le sang qui bout en elles.
 
Cinq générations de femmes qui ont tracé un sillon dans la terre de Port-des-Vents au fil des saisons, au fil des passions, au fil du vent, au fil de la vie.
 
 
 
Ce n'est pas la première fois que je le dis ou l'écris : j'ai, pour Hortense Dufour, une véritable admiration et une passion encore jamais démentie à la lecture de ses livres.
 
J'aime cette écriture incisive, nerveuse, brutale parfois, brusque souvent mais claire, précise, profonde. Profondément humaine. Profondément féministe. Profondément vivante.
 
Port-des-Vents, c'est l'histoire d'une généalogie de femmes. D'où les hommes ne sont pas absents : ils sont seulement en retrait derrière ces figures emblématiques, magistrales que rien n'arrête, que rien ne terrasse, pas même la mort, car elles sont totalement immergées dans leur descendance au point qu'il semble qu'elles ne cesseront jamais d'être.
 
Port-de-Vents, c'est l'histoire de cette lignée, vue au travers des yeux de trois d'entre elles. Qui se succèdent à rebrousse-temps pour remonter aux origines de l'une de ces histoires qui inondent les campagnes depuis que les campagnes sont campagnes, depuis que les femmes et les hommes sont femmes et hommes, depuis que la vie ne cesse de les bousculer.
 
Les silences sont partout. Les non-dits. Les soupçons. Les mots chuchotés au comptoir du café, rapidement tus lorsque la porte s'ouvre sur qui ne doit surtout pas les entendre.
 
Derrière le dur labeur quotidien, derrière les coquillages qui déchirent les mains, derrière cette vase nourricière qui menace toujours d'avaler les corps, dans ces paysages où le ciel et la mer se mélangent, entre les murs de ces maisons d'où rien ne transpire, dans ces vergers où les enfants chapardent des fruits mais aussi des premiers baisers, Hortense Dufour raconte obstinément ces femmes et ce pays devenu pour elle une deuxième peau.
 
Les choses sont distillées au compte gouttes, au détour de rien, comme dans un roman policier où les indices se révèlent lentement au lecteur, avec parcimonie, avant que ne paraisse au grand jour la toile que la vie, cette araignée infatigable et persévérante, a tissée.
 
Oserais-je une critique ? Oui ! Je n'ai pas aimé ces passages où, dans la cuisine, la préparation des plats est égrainée comme dans un livre de recettes. J'ai trouvé cela inutile dans l'obsession du détail qui est donné sans véritable intérêt (surtout que les éléments fournis ne peuvent en aucun cas permettre de préparer ces plats : trop précis pour un roman et pas assez pour un livre de recettes!!!). Mais pour une ou deux pages égarées, au milieu de plus de trois cent autres captivantes, je n'arrive pas à lui en vouloir tant l'histoire et l'écriture de ce texte m'ont, comme à chaque fois, totalement enchanté.

Hortense Dufour - Port-des-Vents - Presses de la Cité - 9782258138421 - 20 €

 


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Pour approfondir

Editeur : Presses De La Cite
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782258138421

Port-des-vents

de Hortense Dufour(Auteur)

A Port-des-Vents, village-îlot charentais bordé par l'océan, souffle un vent continu, ravageur. Parmi les habitants, une lignée de femmes puissantes, soudées, qui habitent une petite maison de pêcheurs. Les hommes de la famille sont morts. Le rude monde marin et les passions se sont chargés de ces morts-là. Les femmes, elles, rebâtissent sans cesse ce que le vent détruit. Chaque jour elles poussent la lourde brouette pleine d'huîtres. Elles sont les passeuses, se transmettant, immuablement, les gestes de la vie, de la maternité.

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