Questions à mon père, Eric Fottorino

Clément Solym - 04.01.2012

Livre - Autobiographie - Eric Fottorino - Folio


Après « l'homme qui m'aimait tout bas », dédié à son père adoptif, Eric Fottorino consacre ce dernier récit à son père biologique, rencontré pour la 1ère fois alors qu'il avait dix-sept ans.


A travers ce texte, il part à la recherche de son identité, de ses origines longtemps ignorées et délivre, dans un style sobre et à travers une écriture poétique et sensible, un portrait touchant et pudique de cet homme : Maurice Maman.


Le narrateur est né d'un amour de jeunesse. Sa mère a tout juste dix-sept  ans lorsqu'elle se retrouve enceinte. Aussitôt né, l'enfant lui est retiré et confié à une nourrice. Le père, Maurice, étudiant en médecine d'origine juive et étranger de surcroît est tout de suite mis à l'écart. L'union n'est pas envisageable pour cette famille catholique.


L'abandon de l'enfant est un vrai déchirement pour la mère et devient vite insupportable.  Aussi, la grand-mère accepte finalement que sa fille récupère son fils mais avec la promesse de ne pas revoir le père. Ainsi, à l'âge de 10 ans, Eric Fottorino devient-il le fils adoptif de Michel et grandit sans se soucier véritablement de l'existence de Maurice.


« Je ne donnais plus signe de vie des années durant, des années. » Jusqu'au suicide de Michel, en 2008, qui bouleverse son équilibre,  crée l'absence, malmène l'identité qu'il s'est forgé, ravive le manque de la filiation, attise le désir de découvrir Maurice,  l'autre père et le conduit alors à une quête sur ses origines.


Son père est atteint d'une maladie orpheline et toutes les questions jamais posées deviennent  alors urgentes. Sous forme d'échange épistolaire électronique (de questions quasi-quotidiennes pour maintenir la vie encore un moment) et de rencontres, Maurice et Eric conversent, se découvrent et l'amour filial, au fil des pages, s'éveille et s'exprime en profondeur et durablement. « Chacun de nos mots nous touchent. »


Éric Fottorino en 2011Des questions pour découvrir son père mais aussi ses oncles et tantes, ses grands-parents (portraits vibrants et colorés de Mardochée et Fréha), toute cette généalogie qui l'a construit malgré tout. A travers un contexte historique complexe et douloureux (être juif marocain pendant la guerre des six-jours  c'était comme soutenir Israël ;  choisir de vivre en France et rester pourtant Marocain, un choix pas toujours simple à assumer), une réflexion appuyée sur la judéité (un brin fastidieuse), l'auteur relate l'histoire de son père.


De son travail de gynécologue-obstétricien à Rabat d'abord puis Toulouse,  de ses difficultés à exercer lorsque l'antisémitisme l'isole et le blesse ;  et laisse une image admirable finalement, empreinte de respect et d'amour, très digne, comme un hommage au père absent malgré lui, dépossédé de son fils aîné. 


Deux vies parallèles qui se retrouvent et s'acceptent, s'enrichissent mutuellement, s'accordent enfin. Ultime apaisement pour un père proche de la mort et un fils reconnaissant désormais. « Le moment était venu des additions. Toi et moi. Maintenant que je me suis rassemblé il me semble que je me ressemble. »


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