Quinzinzinzili, de Regis Messac

Clément Solym - 15.12.2010

Livre - quinzinzinzili - aneantir - espece


Milieu des années 30 ! Gérard Dumaurier est précepteur des deux enfants de Lord Clendennis, un nouveau riche qui a acheté son nom et ses titres de noblesse. Divorcé de Lady Clendennis, il a donc été, de ce fait, conduit à confier à un tiers l’éducation de ses héritiers Rathbert et Charles.

L’époque est à la préparation d’un conflit d’envergure mondiale qui se trame autour des alliances entre états prêts à en découdre avec des ennemis historiques ou d’occasion. Le ciel est lourd de tout ce qui ne peut pas manquer d’arriver. Les pays s’arment à qui mieux mieux et font monter les enchères.

Au moment où la guerre a finalement éclaté, Gérard Dumaurier accompagnait les enfants dans un petit village de Lozère où un médecin avait préconisé un séjour en moyenne altitude, une cure, pour essayer d’apporter quelque amélioration à l’état de santé de Charles.

Pendant ce temps, Russie, Japon, Amérique, Allemagne, France, Angleterre et tout le monde à leur suite s’engageaient dans une escalade sans fin. D’abord de manière bien conventionnelle : avec force coups de canon comme au cours de la précédente, celle de 14.

Et puis est arrivé le grand chambardement. Un japonais a inventé une réaction chimique qui, à partir de l’oxygène et de l’azote de l’air formait une atmosphère totalement irrespirable qui « possédait de plus la faculté étrange de contracter les muscles zygomatiques, c'est-à-dire de faire rire », le protoxyde d’azote ! Tellement irrespirable que les uns après les autres, les hommes en mourraient.

Ce n’est qu’à l’heureuse décision de visiter une grotte que Dumaurier et une douzaine d’enfants du préventorium, conduits par un jeune guide, purent éviter la mort en bénéficiant d’un air certes confiné, mais non contaminé. Et devenir ainsi les seuls humains survivants du désastre. Ce qui est extraordinaire, dans cette ré-édition du livre de Régis MESSAC, c’est la date de sa publication initiale : 1935 !

Triturant ainsi une actualité qui prédisait des lendemains qui allaient déchanter, il a eu la fulgurance de voir de dessiner un deuxième conflit mondial à partir duquel il a dressé un roman de science-fiction auquel la réalité a peiné à ne pas se conformer. Seule l’alliance de l’Angleterre a été mal évaluée. Toutes les autres visions se sont avérées bien vues ! Jusqu’à l’apocalypse finale qui n’a cependant pas su aller jusqu’au bout de ses ambitions : la bombe atomique n’a pas su tenir les promesses du protoxyde d’azote !

Et c’est heureux ! Car nous n’aurions certainement pas pu, en 2010, voir démarrer, au fil des pages de ce livre, une nouvelle civilisation portée par ces jeunes adolescents qui, seulement observés de manière très extérieure et détachée par un adulte qui a refusé immédiatement d’être leur gourou ou leur guide, vont devoir créer quelque chose de nouveau, sans référence à des acquis qu’ils n’ont pas eu totalement le temps d’assimiler avant la catastrophe du fait de leur âge et auquel le manque de moyens et d’enseignement leur interdira rapidement l’accès.


Dans ce microcosme totalement autarcique et livré à lui-même, les ferments d’une civilisation nouvelle se font jour. Régis MESSAC y pourvoit avec une crudité effarante : point n’est besoin d’attendre, toutes les plus hideuses facettes de l’âme humaine ont tôt fait de remonter à la surface et de préparer le terrain pour un nouveau cataclysme aussi sûrement programmé à un terme plus ou moins long que la succession des jours et des nuits.

Si vous avez encore des doutes sur la capacité de l’homme à s’améliorer, si vous peinez à vous convaincre que l’humanité ne porte pas en elle, de manière intrinsèque, innée, inéluctable, le poison qui l’autodétruira, alors n’espérez pas trouver dans Quinzinzinzili quelques éléments qui vous remonteront le moral. Avec la froideur du métronome, Régis MESSAC va vous asséner de terribles vérités qui, pour quelque peu caricaturales qu’elles soient, n’en sont pas mortellement réalistes.

Un livre à replacer dans le contexte de son écriture pour en percevoir tout le caractère prémonitoire : de tous les romans de science-fiction que j’ai pu lire, c’est bien le premier qui arrive à écrire avec tant de réalisme un avenir proche si peu éloigné de la vérité historique qui le suivra. Et même s’il présente quelques faiblesses de scénario, je vous assure qu’il mérite largement sa lecture.

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