Règne animal : le leurre de l’industrialisation de l’agriculture

Mimiche - 17.08.2020

Livre - règne animal Amo - Jean Baptiste Amo - prix livre inter


ROMAN FRANCOPHONE – Dans cette petite ferme qu’exploite la famille, il y a, en dehors des animaux domestiques et du chien, le Père, la génitrice et leur fille Éléonore. Une vie de paysans de la fin du XIXe siècle, dure, laborieuse, pénible, sans répit, acharnée, dont l’issue ne fait pas de doute et dont les souffrances sont offertes, la plupart du temps par les femmes, à Dieu ! Omniprésence divine jusqu’au plus profond des terres rurales !



 
La rage de survivre, sinon de s’en sortir jusqu’au bout de ses forces en faisant fi des douleurs qui s’accumulent comme autant d’avertissements. Mais qui ravalerait sa fierté pour avouer explicitement ses faiblesses en appelant de l’aide ?

Et les jours passent qui rendent l’inéluctable, inéluctable : Marcel, le cousin éloigné, arrive un jour sur la charrette du Père de retour à la ferme après l’être allé quérir dans sa famille. Quelques années de plus qu’Éléonore, mais un garçon bâti pour le labeur. Pour aider seulement. Pendant quelque temps. Juste le temps que cela aille mieux. Il dormira dans la remise, quasi dans l’étable avec les vaches et les cochons, mais ces derniers ne vivent-ils pas eux aussi quasiment dans la pièce commune, partageant leur chaleur avec les humains ? Et leurs odeurs.

Mais le Père ne guérira pas.

Et la promiscuité de ce garçon qui se lave torse nu près du puits ne laissera pas Éléonore insensible, dans la fleur de cet âge qui éveille en elle des troubles nouveaux.

Le décès du Père ne permettra pas à la génitrice de se séparer du cousin qu’elle ne supporte pas et qu’elle aurait voulu voir partir beaucoup plus tôt : c’est trop difficile, pour deux femmes seules, d’envisager le travail à la ferme sans une force d’homme.

Mais ce que le décès du Père n’aura pas réussi, c’est le déclenchement de la Première Guerre mondiale qui le réussira : Marcel parti, le bétail réquisitionné par l’armée, les deux femmes se retrouvent seules face à une terre qui n’attend pas et qui ne souffre aucun relâchement ! 

Et Marcel ne revient pas aussi vite que les va-t-en-guerre prétendaient que cela se passerait !


Vous allez certainement me faire remarquer que ce livre, paru en 2016 et qui a reçu le Prix du Livre Inter 2017, aurait dû faire l’objet d’une chronique depuis bien longtemps déjà. Et vous n’auriez pas tort. Mais j’ai un peu de mal à lire « sous la contrainte » et, même si cela fait bien longtemps qu’il est dans la pile « à lire », je n’en avais pas encore ressenti l’envie.

D’autant que j’en avais eu des échos mitigés, certainement liés aux liens entretenus par Jean Baptiste del Amo avec les militants de L214. Pas que j’aie une quelconque réprobation à l’égard de ces lanceurs d’alerte, au contraire même, mais tout simplement parce que le livre m’avait été présenté comme un étalage des horreurs de l’exploitation animale. Et j’ai très clairement horreur du Gore et, d’une manière générale, de l’ultra-violence sous toutes ses déclinaisons.

De ce point de vue là, je ne regrette pas du tout cette lecture, car, exceptés quelques courts passages par-ci, par-là, cette prévention n’était en rien justifiée même si la « fibre L214 » n’est effectivement pas absente du récit sans que cela ne puisse jamais nuire à la lecture par un discours qui prendrait trop la forme d’un réquisitoire.

Voilà en revanche, une saga familiale qui s’étale sur plus d’un siècle, avec des personnages, de génération en génération, hauts en couleurs et en personnalité. Une saga ancrée au plus profond de la France rurale, traversée par les horreurs de 14-18 (qui n’ont rien eu à envier à ce qui a pu se passer dans les élevages de toutes natures depuis lors et ceci n’est pas pour autant un blanc seing). La saga d’hommes et de femmes leurrés par l’industrialisation de l’agriculture, par l’omniprésence de la chimie et de la pharmacie dans les champs et les élevages, broyés par une économie du profit qui, elle-même, profite de la cupidité et de l’avidité humaines !
 

Une saga où les dernières générations sont de plus en plus déphasées avec les us et coutumes de la ruralité qui n’a pas laissé évoluer ses mentalités comme elle l’a fait avec ses pratiques culturales. Une saga qui est une machine à broyer les individualités pour les mouler dans un modèle de plus en plus en décalage avec les aspirations des nouvelles générations.

Bref, une très belle histoire, très bien racontée.

Alors certes, je ne peux pas taire le fait que j’ai eu du mal avec le style assez personnel de l’auteur que j’ai pu trouver lourd, lent, parfois pédant, parfois insupportable voire même ennuyeux avec des phrases allant de conjonctives en relatives dans des dissertations interminables et souvent d’une lecture pesante. Et pourtant !

Pourtant cette lourdeur, cette lenteur a fini par devenir comme une sorte d’évidence parfaitement en adéquation avec un temps immuable, répétitif, obstiné, laborieux, sans autre répit que cette inéluctable fin ! Jusqu’à devenir un élément de l’histoire.

Et après avoir d’abord pensé « en voilà un qui se prend pour Balzac sans en avoir l’étoffe », j’ai fini par me dire que le jury du Livre Inter avait fait un très bon choix. Que je vous recommande aussi !


Jean-Baptiste Del Amo – Règne animal – Folio – 9782072763533 – 8,50 €


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