Remonter le fil rouge de l'histoire argentine

Mimiche - 11.05.2020

Livre - Sara Rosenberg - Un fil rouge - La Contre-Allée


ROMAN ETRANGER - Dans les années 1970, l'Argentine a vécu des heures sombres où la violence faisait rage : actions militantes de l'extrême gauche d'un côté, répression féroce des militaires et des milices d'extrême droite de l'autre. Et au milieu des populations prises en otage. C'est dans cette Argentine là que Julia a vécu la fin de son adolescence et le début de sa vie de jeune femme après avoir partagé son enfance avec son ami Miguel.

 

 
Dans sa famille, ses idées font tâche et gênent leurs activités d'industriels impliqués dans des projets nationaux. De plus en plus, ses amis journalistes, artistes, militants l'ont éloignée de cette famille dont certains membres jugent ses idées inacceptables et dangereuses. Des idées qui l'ont amenée à préparer et participer au cambriolage d'une banque dont l'issue n'a pas été la restitution de l'argent aux pauvres comme c'était la justification initiale mais la prison pour quelques années.
 
Et puis est arrivé Javier, très impliqué dans le quotidien des populations, avec ses idées de réformes agraires, de socio-agronomie, de redistribution et de partage des terres et des richesses dans cette région du Tucumàn. Des idées qui ne pouvaient que résonner aux oreilles de Julia jusqu'à ce que, pour fuir l'emprise de sa famille, ils se marient alors qu'elle n'était que juste sortie de l'adolescence.
 
Des idées qu'incarnait le Che partout en Amérique Latine. Des idées qu'elle exprimait déjà dans ses peintures. Si bien que Federico, leur fils, est né en prison.
 
Même après l'amnistie, ces idées en faisaient des parias, et ils n'ont pas tardé à partir par les montagnes et à s’exiler.
 
Et puis un jour, Miguel, avec lequel Julia n'avait jamais rompu le contact, n'a plus reçu aucune nouvelle, plus aucune de ces lettres amicales et pleines de la tendresse qui les avaient toujours accompagnés pendant leur enfance.
 
Des années plus tard, alors que beaucoup d'eau est passée sous les ponts, Miguel continue à penser à Julia et, dans le cadre de la réalisation d'un film (alibi ?) par lequel il veut retrouver sa trace et témoigner, sinon de sa vie, au moins d'une époque, il prend son bâton de pélerin pour rencontrer ceux qui l'ont connue, aimée ou détestée, amis comme ennemis, pour tenter de redessiner tout le vide qui s'est installé entre lui et l'image de Julia.
 

 
L'Amérique Latine dans son ensemble a vécu des heures terribles au cours de ce XXème siècle. L'Argentine n'a pas échappé à ce tourbillon qui a endeuillé le pays lequel en garde encore une trace indélébile dans la mémoire collective.
 
Dans son livre, Sara Rosenberg n'entend pas délivrer une leçon d'Histoire ni même proposer un éclairage partial ou impartial comme le ferait un reportage sur ces heures sombres.
 
Elle nous conduit simplement à suivre tous les déchirements que chacun, à son petit niveau, à sa modeste place dans un paysage politiquement surexposé à des soubresauts terribles, a pu vivre, ressentir, observer.
 
Au milieu d’événements imbriqués dans une trame historique vraie et racontés sans concession, chacun a tenté de trouver sa voie. Miguel est certainement animé par une indéfectible tendresse – un amour ? – envers cette amie qu'il n'a pas su sauver des autres mais aussi d'elle-même. Cette démarche qu'il effectue à rebrousse-histoire lui permet d'entrer, à sa suite, de plain-pied dans cette vie que tant d'argentins ont vécue dans leur âme et dans leur chair. De constater que, malgré la générosité de certaines de ces idées qui en ont animé beaucoup, beaucoup d'autres, dans toutes les couches de la société civile, considéraient, « [exigeaient] de nouveau de l'ordre et du sang », « une main de fer » pour « faire avancer le pays ». C'était cela, fait-elle dire à l'un des interlocuteurs que rencontre Miguel, « la majorité qui vote pour eux ». Eux qui ont semé la terreur. Eux qui ont négocié avec les « petits chefs » du camp opposé désirant « [s'accrocher] aux wagons du pouvoir » alors que tant d'autres étaient « morts avec leurs rêves intacts ».
 
« L'Histoire n'a pas de compassion » : les livres d'Histoire sont pleins d'entrefilets minuscules évoquant (ou pas) les perdants (magnifiques ?) parce que ce sont les vainqueurs qui l'écrivent !
 
Celle de Sara Rosenberg nous incite cependant à nous garder de nous-mêmes et de notre capacité à oublier tout et y compris l'espoir qui, un jour, nous a portés.


Sara Rosenberg, trad. espagnol Belinda Corbacho – Un fil rouge - La Contre Allée – 9782917817179 - 18,50 €


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