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Mimiche - 12.05.2018

Livre - Groenland jeunesse roman - jeunesse passé avenir - societe heritage espoir


Homo sapienne est un premier roman. Niviaq Korneliussen nous y parle avec une crudité si profonde que l'on s'embarque presque pour un autre monde. Qui nous ressemble tant...




Nuuk, capitale du Groenland. Fia et Piitaq partagent une vie commune depuis maintenant trois années quand Fia prend peu à peu conscience de la monotonie ménagère et amoureuse de son existence. Une monotonie qui assombrit peu à peu ses relations avec Piitaq pourtant toujours aussi prévenant, attentionné, gentil mais tellement prévisible et tranquille, tellement honnête qu’il ne détourne même pas la tête quand il croise « une fille avec un beau cul » dans la rue.

 

Cuisine, ménage, télé, jeux vidéo deviennent bientôt insupportables et jusqu’aux ébats amoureux, plus rien ne lui laisse entrevoir une issue à leur relation en dehors d’une séparation tant son malaise pourtant mal identifié est profond.

 

Alors Fia fait ses bagages.

 

Et s’installe chez une amie, Arnaq, qui vit en célibataire et mène une vie débridée de fêtes nocturnes, de cigarettes et d’alcool. Et de sexe également : Arnaq ne résiste pas à se tourner vers les femmes quand les hommes font défaut, sans que cela soit un problème pour elle.

 

Troublée par sa séparation, Fia refuse longtemps d’accompagner Arnaq dans ses soirées incessantes et endiablées, préférant ruminer ses noires idées et tenter de mettre un nom sur cette sorte d’aversion que cette vie décolorée avec Piitaq lui avait fait ressentir au point de la pousser à le quitter.

 

A force d’incitations et d’invitations, Arnaq finit cependant par faire sortir Fia de son isolement et à l’entraîner dans des soirées puis de afters où l’alcool coule à flots. Fia y rencontre Sara, une fille trop belle par qui elle est subjuguée, mais finit par entraîner Kristiaat pour une fin de soirée de sexe ratée par trop d’alcool, sans aucune passion ni aucun intérêt.

 

Les images de Sara se mettent alors à obséder Fia qui rêve de l’embrasser, découvre des sentiments nouveaux et des attirances sexuelles qu’elle n’imaginait pas. Jusqu’à arriver enfin à mettre un nom sur ce mal-être qu’elle ressent : lesbienne ! Un nom qu’elle exprime crûment (« no more sausage ») mais qu’elle aborde avec beaucoup de passion, quelque appréhension, un peu de romantisme et aucun tabou.

 

Si vous abordez ce livre en espérant de grands espaces glacés, des ours blancs et des icebergs, vous allez être déçus.

 

En revanche, si vous vous laissez entraîner par une succession de rebondissements dans les vies agitées de jeunes gens et de jeunes filles en quête d’identité et d’autonomie loin des schémas sociaux classiques que leur société très fermée tend à leur imposer, si vous acceptez le sexe sans frontière et sans tabous, l’alcool et les cigarettes, si vous écoutez ces vies parfois abîmées par toutes sortes d’agressions physiques ou morales, si vous intégrez sans a priori l’omniprésence de termes, mots et phrases en anglais (et pourtant je déteste cela prodigieusement d’habitude et par principe), si vous n’êtes pas rebutés par des échanges de sms plutôt que par des conversations structurées dans le corps du texte, alors vous allez découvrir un vrai roman neuf et passionnant.

 

Un roman superbement structuré et tricoté de telle manière que tous les protagonistes qui en sont les cinq têtes de chapitres finissent par écrire une seule et unique histoire : celle d’une jeunesse en pleine quête de soi, qui ne se reconnaît pas dans les images du passé et qui peine à se fabriquer une nouvelle voie, où tolérance ne rime pas toujours avec absence de frictions.

 

Même si j’ai beaucoup de mal à imaginer ce qu’ils deviendront, tous ces garçons et toutes ces filles, dans le monde fou que nous leur léguons, ils ont une énergie nouvelle qui n’hésite pas à tout vouloir ré-imaginer, ré-inventer loin des modèles existants et qui laisse tout espérer.

 

Du haut de ses 23 ans, Niviaq Korneliussen propose là un ouvrage qui, certes, remet en cause des pans entiers de sa culture groenlandaise mais qui atteint un universalisme certain dans son propos, bien loin de ne concerner que les cinquante ou soixante mille groenlandais, et pouvant tout aussi bien trouver autant de réalité n’importe où ailleurs.

 

Et je laisserai à Daniel Chartier (Professeur à l’Université du Québec à Montréal), qui a écrit la préface de ce magnifique ouvrage, le mot de la fin : « Le Groenland peut s’estimer heureux d’avoir une telle romancière ».


Niviaq Korneliussen, trad. Inès Jorgensen , JP Huctin - Homo Sapienne - La Peuplade - 9782924519585 - 21 €
 




Commentaires

"Arnaq ne résiste pas à se tourner vers les femmes quand les hommes font défaut, sans que cela soit un problème pour elle."

Ah, qu'il est beau de trouver de la biphobie ordinaire dans la critique d'un livre queer ! Arnaq est bisexuelle, il n'y a pas de question de manque d'homme qui l'attire quand elle choisit de coucher avec une femme. J'ose espérer que c'est une tournure maladroite et trop rapide...
La première remarque qui me vient en regardant le livre c'est la banane dans la bouche. Tout le monde sait ce que cela peut évoquer en matière de pornographie. Il eut éte plus judicieux que le personnage comparé à un singe tienne la banane dans la main ou soit en train de l'éplucher...si l'effet edt voulu je trouve cela choquant et ne me donne pas envie d'en savoir plus....désolée
Les jeunes filles en quête d’identité et d’autonomie c'est ce qui m'importe le plus dans cette réflexion, une perdition à l'image de ces femmes https://www.antiarnaques.org/forum/partagez-votre-histoire/post/authentique-rencontre-femme-russe-3659 qui se sont trouvées une ID une fois sur le bon chemin

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