Rescapée, jetée d'un train, la plus précieuse des marchandises

Florent D. - 11.01.2019

Livre - train enfants nazis - couple enfant bucherons - adoption mère fille


CONTE – Qu’on se le dise, rien dans cette histoire n’est vrai. C’est un conte auquel manqueront toutefois les fées magiques et les citrouilles. On y trouvera l’âme d’un prince, la générosité d’une mère improvisée et le sacrifice d’un bucheron. Voilà : un conte, comme on vous le dit.
 
 
 
Tout commence par la chasse qui est donnée aux sans-cœur, que les verts de gris traquent et mettent dans des trains. Trains dont on ne réchappe pas vraiment : ils n’auraient pas même de destination réelle, sinon celle déclarée lorsque tous leurs passagers ont péri.
 
Le ton est posé, le contexte se passe même de précisions.
 
Dans l’un d’eux, un homme, sa femme, leurs jumeaux. Et la fin d’un voyage qui, sans exister véritablement, se profile, inéluctable. D’un geste désemparé, l’homme saisit l’un de ses enfants, sans regarder, l’emmitoufle et profite d’un arrêt marqué par le train pour jeter la marchandise — pour sauver un de ses enfants.
 
Au dehors, une pauvre femme de bucheron se languit de n’avoir rien à faire, rien à manger, rien d’occupation… Elle et son époux n’ont rien. Et surtout pas d’enfants : pour son homme, c’est une bénédiction. Pour elle, un immense malheur : certes, une bouche de mois à nourrir, mais avant tout un enfant qui ne sera jamais à chérir.
 
Devant cette livraison impromptue, surgie d’un wagon — drôle de cigogne, tout de même ! –, c’est l’extase qui la gagne. Et de cet instant, elle n’aura de cesse, contre son mari, contre les chasseurs de sans-cœur, contre la faim et le froid, que d’aimer cette enfant. Oui, spoiler, c’étaient de faux jumeaux : un garçon et une fille.
 
 
Conte, donc, ainsi que l’affirme Jean-Claude Grumberg, et conte particulièrement violent, quand on esquisse ainsi la déportation vers les camps de la mort. Avec un tout autre vocabulaire, c’est l’ignorance qui se dessine, de cette bucheronne hébétée par un don du ciel. Alors qu’en parallèle, c’est le récit du père devenu coiffeur dans le camp où il a été débarqué — il arrive parfois, mais était-ce pour le mieux que l’on parvienne à destination ? — que l’on découvre.
 
Poignant, le conte est sinistre pour l’adulte, mais probablement éloquent pour l’enfant. Difficile de ne pas y lire un objet pédagogique possible à destination des plus petits. Difficile de ne pas s’y confondre, s’y retrouver : l’Histoire n’a épargné personne.  
 
Mais parce que c’est un conte, il renferme aussi sa part de tendresse et d’espoir. Comme une rose qui pousserait au milieu d’un bourbier.
 
 
 
Jean-Claude Grumberg — La plus précieuse des marchandises — La librairie du XXIe siècle/Seuil — 9782021414196 – 12 €


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Pour approfondir

Editeur : Seuil
Genre :
Total pages : 128
Traducteur :
ISBN : 9782021414196

La plus précieuse des marchandises ; un conte

de Jean-Claude Grumberg

Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.Non non non non, rassurez-vous, ce n'est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...

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