Revival : "Il s'est passé quelque chose"

Cécile Pellerin - 08.01.2016

Livre - Littérature américaine - électricité - horreur


Même si  l’on n’est pas adepte du genre fantastique, si l’on n’est pas prêt à frémir d’horreur en tournant les pages, la curiosité, la renommée de l’écrivain poussent parfois le lecteur dans les entrailles d’un genre inhabituel et lorsqu’au final, il referme le livre, surpris d’avoir pu le mener jusqu’au bout, pas mécontent tout de même qu’il soit achevé, il constate avec une certaine satisfaction, qu’il eut du plaisir, de l’excitation et de l’impatience. 

 

A l’aise dans cette lecture, malgré le manque d’initiation et certaines longueurs, captivé par une histoire improbable mais paradoxalement convaincante, il a laissé filé les pages sans trop d’effort, s’est imprégné de l’ambiance électrique déconcertante, mi effrayé mi amusé, persuadé qu’il ne laisserait pas la peur le submerger aux moments les plus effroyables. Il a tenu. De justesse.

 

 

Inspiré par le Frankenstein de Mary Shelley, le  55ème roman de Stephen King (il n’est jamais trop tard pour le découvrir) est un roman d’horreur qui mélange des teintes classiques légèrement surannées mais familières à des nuances plus modernes et contemporaines et inscrit son histoire au cœur du Maine et d’une société américaine très réaliste cette fois, celle des classes moyennes et des milieux précaires.

 

Jamie, issu d’une famille modeste et croyante de Harlow n’a que six ans en 1962, lorsqu’il rencontre le charismatique pasteur méthodiste Charles Jacobs aux méthodes peu conventionnelles mais efficaces, capable de guérir en utilisant le pouvoir encore méconnue de l’électricité et des neurostimulations électriques transcutanées. Vénéré trois ans par la petite communauté, le pasteur la quitte brutalement après un prêche blasphématoire.

 

Les années passent, Jamie découvre l'amour, la guitare électrique et la musique rock, s’éloigne de Harlow, intègre des groupes, devient musicien professionnel et sombre dans l’héroïne. Anéanti et exclu, affaibli et malade. Condamné. Et là, au détour d’une fête foraine, il retrouve le pasteur-saltimbanque dans une exhibition de « portraits à la foudre" et d'électricité secrète. Soigné par le prédicateur et ses techniques innovantes de reconstruction des ondes cérébrales, il sort de sa torpeur et de sa dépendance, recouvre une dignité, non sans quelques effets secondaires, parfois inquiétants mais vite surmontés et intègre, par une connaissance du pasteur, un studio d’enregistrement.

 

Les années passent encore. Charles Jacobs attire désormais les foules pour son talent de guérisseur, passe même en boucle sur les chaînes de télévision. Véritable prédicateur charlatan, il révulse Jamie qui enquête alors sur ces « miraculés », traque les failles et les dérives, dénonce le fanatisme et  croit pouvoir  échapper à son emprise  jusqu’à ce que le pasteur, affaibli par l’âge et la maladie, ne resurgisse quelques années plus tard pour lui proposer un marché terrifiant auquel il ne peut se soustraire et qui va le mener de l’autre côté, là où « n’est pas mort ce qui à jamais dort », entre Enfer, damnation et tourments incessants.

 

Un scénario qui prend son temps (plusieurs décennies), avance lentement (trop, parfois) mais permet au lecteur de s’immerger dans les classes populaires de la société américaine avec un souci du détail très évocateur, de saisir les préoccupations inhérentes (et récurrentes) à l’œuvre de Stephen King, (comme la dépendance aux drogues, la musique rock et les sixties, le fanatisme religieux, notamment), de percevoir les propriétés thérapeutiques de l’électricité, avec un tel réalisme que, lorsque des événements surnaturels s’emmêlent à cette réalité, le lecteur, tellement ancré dans ce réel, les reçoit comme un choc violent et inattendu, effroyable et glaçant. Vertigineux.


Pour approfondir

Editeur : Albin Michel
Genre : science fiction...
Total pages :
Traducteur : océane bies et nadine gassie
ISBN : 9782226319302