Révolte à la maison de retraite : Défense de nourrir les vieux !

Nicolas Gary - 05.04.2018

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Ah les seniors, ainsi que l’univers poliquement correct les désigne. Personnes âgées : oui, mais de quels âges ? Les anciens ? Avec le temps qui passe et confère une certaine sagesse, on les désigne comme aînés. Adam Biles, avec Défense de nourrir les vieux, a une approche plus… existentielle.

 



 

« Résistance », laissait entendre Stéphane Hessel dans son dernier livre, Indignez-vous !, parce que seuls cette vertu et ce courage de l’opposition nous restaient. Le roman d’Adam Biles parle de vieillissement, certes, et de l’attitude face à la mort qui se profile. Parce qu’il évoque la sénilité, les désagréments du corps qui se délabre, cette forme d’indignité où l’on se retrouvera tôt ou tard plongés.

 

Mais également — et surtout ! – de la résistance qu’oppose farouchement un groupe de vieux dans une maison de retraite. L’endroit est haïssable, à tous points de vue, d’autant plus mal géré que le personnel se contrefiche des locataires. Mais voici que Le Capitaine se pose en leader, et sous cette extravagante tenue militaire, va mener son petit groupe à la reconquête de sa dignité perdue. 

 

Retraités, certes, mais absolument pas retirés de l’existence pour autant. Car la révolution et le goût de la révolte, on l’a dans les veines à 17 ans quand on est Rimbaud autant qu’à 80 quand on est le capitaine Ruggles. Seule différence : le corps suit un peu moins au doigt et à la lettre. 

 

Green Oaks, la résidence où nos pensionnaires vont mettre le souk, appartient à un conglomérat privé, West Church. Et pan pour les fonds de retraite d’ailleurs. Les aînés n’auront de cesse de que mener le combat : âgés, infirmes et partant seuls vers la mort, d’accord. Mais ce ne sera pas sans rire un dernier grand coup ni s’offrir un ultime coup d’éclat. 

 

Ils et elles ont été dépossédés de leur essence par la bureaucratie, qui a fini par les parquer dans des chambres, assigner le lit du précédent locataire, à peine mort — ou disparu ? Le fait est qu’on ne le retrouve plus… — au suivant.

 

Autour de Dot, enseignante quand elle était dans la vie active, qui vient rejoindre son mari Leonard dans les murs de Green Oaks, se trament de nombreuses et étranges choses. Entre démence et rébellion, les plans les plus rusés des Anciens se mettront en place. Ce qui en dit également beaucoup sur la manière dont notre Occident a pris l’habitude de ce comportement avec ses parents.

 

Derrière l’humour so british, parfaitement dosé, se cache évidemment la détresse. Adam Biles signe un premier roman qui se paye le luxe d’explorer des outils de narration pour mieux coller à son propos. Pas avant-gardiste, mais extrêmement bien pensé. 

 

 

Adam Biles, trad. Bernard Turle – Défense de nourrir les vieux – Editions Grasset – 9782246813347 – 23 € | ebook 9782246813378 – 15,99 €
 




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