Révolutionnaires en jupon, en parler au passé ?

Audrey Le Roy - 01.07.2019

Livre - Femmes Révolution Francaise - Histoire Passés Composés - Essai


HISTOIRE - Aristocrates, bourgeoises ou femmes du peuple, ce sont les figures des Femmes et la Révolution,  récemment édité par la nouvelle maison Passés Composés, que convoque Christine Le Bozec. Grâce, ou à cause, de certaines femmes remarquables et remarquées, Mesdames de Staël, Campan ou encore Olympe de Gouges, pour ne citer qu’elles, il est souvent admis que le XVIIIe siècle fut un siècle de quasi liberté féminine.
 


Il ne faudrait pourtant pas se tromper, et ne pas arborer quelques dames pour cacher la forêt – où se camoufle quantité de femmes opprimées, souvent privées d’éducation et contrainte au mariage et, de suite, à une vie non choisie faite de gestion du foyer et de travaux en tous genres pour subsister.

Les problématiques d’une Germaine de Staël, prônant, au début de la Révolution française, l’établissement d’une monarchie constitutionnelle, ne peuvent coïncider avec celles de la femme du peuple qui ne sait si elle trouvera assez de pain pour le prochain repas. Tâche autrement plus ardue que de refaire le monde dans un salon entourée de quelques bons amis.

C’est toute cette diversité que l’on rencontre dans le livre, Les femmes et la Révolution – 1770-1830, de la docteure en histoire et spécialiste de la Révolution française, Christine Le Bozec.

Pour comprendre qui étaient les femmes de la fin XVIIIe début XIXe siècle, il faut analyser, étudier, les paysannes, les citadines, les bourgeoises, les mondaines…. Qui étaient celles qui tenaient salon, et qui ont contribué à faire circuler cette légende urbaine que les femmes d’alors étaient libres, éduquées, entreprenantes… ?

En quoi ces salons, et les idéaux qui y étaient abordés et débattus, étaient-ils représentatifs de ceux de la société ?

Car il faut bien comprendre que c’est la bourgeoisie qui les fréquentait qui est à l’origine des premiers feux de la Révolution de 1789, cette « bourgeoisie à talent […] voyait ses possibilités d’ascension sociale bloquées par sa roture et se trouvait privée de l’espoir d’accéder à des fonctions de commandement ecclésiastique, politique ou militaire. » Une certaine frustration, donc, pour cette partie de la population qui souhaitait, de fait, être noble à la place des nobles.

Ces désirs d’accession à des charges plus élevées étaient l’apanage des hommes, il était évidemment hors de question pour la gent féminine espérer atteindre de telles fonctions, et si beaucoup de ces messieurs ambitieux se rendaient chez les salonnières, c’était plus pour se montrer dans la bonne société que pour cautionner les « divagations » idéologiques des femmes. « [S]i bien que ces hommes laissaient leurs préjugés à la porte, taisant pour le plus grand nombre ce qu’ils pensaient des femmes. »

Dans les faits, quels sont les droits des femmes ? En lisant ce livre il apparaît qu’elles étaient très peu « [c]onsidérées au mieux comme complémentaires des hommes », elles vivaient littéralement dans leurs ombres. Leur condition change néanmoins, un peu, pendant la Révolution française. Mais en synthétisant les chapitres où défilent le peu d’acquis et les nombreuses injustices, il apparaît très clairement que si on desserra alors un peu la longe, c’était plus pour permettre de grossir le rang des révolutionnaires.
 
On ne leur accorda pas plus d’intelligence pour autant, mais assez volontiers, en revanche, une bonne dose de courage. Ne soyons pas dupes, la stabilité revenue, on renvoya ces dames à leurs cuisines et les vieilles excuses revirent le jour : sans éducation comment voulez-vous qu’une femme puisse prendre le commandement de quoi que ce soit ? Qui plus est, « à la merci de leurs flux et de leurs nerfs, n’étant gouvernées que par des émotions et des sentiments, les femmes seraient incapables d’exercer leur raison. »

Et ça n’est certainement pas l’arrivée au pouvoir de Bonaparte, misogyne patenté, qui va arranger les choses. Le 21 mars 1804, le Code civil remet « la femme à sa place, inférieure et subordonnée. » À noter que Napoléon était, au moins, droit dans ses bottes puisqu’il disait encore à Sainte-Hélène, « la femme appartient au mari comme la pomme au propriétaire du pommier. »

Quelqu’un n’aurait-il pas pu, alors, lui conseiller de se gratter un peu la tête ? Il y aurait peut-être trouvé deux cornes prouvant qu’on ne tient pas si facilement femme en laisse !

Petits rappels anecdotiques (ah ?) mais éclairants :
• 1907 : la femme mariée et salariée a le droit de disposer de son salaire mais pas des autres biens du foyer
• 1928 : droit au congé maternité
• 1938 : on reconnaît une « capacité juridique » à la femme
• 1946 : la Constitution adopte le principe d’égalité entre hommes et femmes
• 1965 : la femme peut ouvrir un compte en banque et ne plus demander l’autorisation de son mari pour travailler
• 1974 : loi Veil pour l’avortement
• 1975 : possibilité de divorcer par consentement mutuel
• 1999 : loi en faveur de la parité homme-femme en politique
• 2013 : abrogation de la loi qui interdisait aux femmes de porter le pantalon. Même si cette loi n’était plus respectée, elle figurait toujours dans nos textes juridiques. À noter que ça n’est qu’en 1980 (moins de quarante ans donc) que les femmes députées furent autorisées à porter le pantalon à l’Assemblée.
 
Ce livre, fort instructif, laisse un petit goût amer, il me semble que trop souvent j’ai noté en marge « n’a pas tellement changé aujourd’hui ».
 

Christine Le Bozec – Les femmes et la révolution – Passés composés – 9782379330124 – 19 €
 


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Pour approfondir

Editeur : Passes Composes
Genre :
Total pages : 220
Traducteur :
ISBN : 9782379330124

Libres ou soumises? les femmes et la Révolution ; mythe et réalité d'une décadence

de Christine Le Bozec(Auteur)

Il est courant d'affirmer qu'au XVIII siècle, les femmes étaient libres, pour ne pas dire libérées. Puis d'ajouter dans la foulée que la Révolution française les a privées de leurs droits.

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