Les éditions Diane de Selliers illuminent les poésies de Rimbaud

Victor De Sepausy - 12.10.2015

Livre - Rimbaud - poésies - Selliers


Le dernier ouvrage des éditions Diane de Selliers vient illustrer les poésies d’Arthur Rimbaud par des œuvres picturales de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Le résultat, il faut le dire, est époustouflant, avec la reproduction de 184 peintures aux côtés des textes de Rimbaud.

 

Pour qui aime à fréquenter les textes du poète aux semelles de vent, c’est un véritable éclairage qui est ainsi apporté. Si la poésie de Rimbaud n’est pas toujours facile d’accès, accompagner cette parole poétique de fenêtres picturales ouvre de nouveaux horizons, tant dans l’interprétation que dans la simple rêverie à laquelle on se laisse discrètement aller au fil des pages.

 

 

 

Saluons aussi la beauté de l’ouvrage, dans le format 24,5 X 33 qui convient si bien à la présentation d’œuvres d’art. Ce volume, on le fait d’abord sortir de son coffret illustré par un magnifique faune peint par Magnus Enckell (1914). Au dos, c’est Icare tombant dans la mer, peint par Galileo Chini.

 

Si Rimbaud aimait à courir à travers les sentiers, « par les soirs bleus d’été », il n’était pas non plus du genre à fréquenter les sentiers battus. Et c’est aussi ce que l’on retrouve dans cet ouvrage : une invitation à redécouvrir la peinture d’une époque. Si parfois, on a l’impression de trop bien connaître certains poèmes de Rimbaud, la peinture qui lui fait face vient nous projeter dans un inconnu pictural qui revigore le lecteur.

 

« Le mal » fait pendant à « Tranchée » d’Otto Dix et « Ma bohème » se retrouve aux côtés d’un onirique « Orphée » signé par Odilon Redon. Parfois, les poèmes de Rimbaud s’étalent sur deux pages. Parfois, l’illustration vient prendre toute la place, nous offrant un temps suspendu, un prolongement de l’atmosphère portée par les vers de Rimbaud.

 

Il faut saluer l'imposant travail de recherche qui a été fait par l'équipe chargée de trouver les tableaux qui pouvaient venir entrer en correspondance avec les textes du poète. On va de découverte en découverte pour qui n'est pas un fin connaisseur de la peinture moderne au tournant du XXe siècle

 

Si les éditions Diane de Selliers font le choix de ne publier qu’un ouvrage par an, c’est aussi pour se donner le temps d'effectuer ces recherches nécessaires pour faire jouer à plein le jeu des correspondances entre littérature et peinture, entre le texte et son illustration.

 

Diane de Selliers rappelle dans l’Avant-propos que « Lire Rimbaud, c’est accepter d’"arriver à l’inconnu" […] se laisser porter par les mots, par les émerveillements qu’ils provoquent, les illuminations qu’ils éveillent, les rêves qu’ils suggèrent. » Et la peinture nous transporte dans ce voyage poétique.

 

Arthur Rimbaud est aussi devenu, au fil des décennies, un mythe, déclenchant une exégèse infinie sur ses textes. Redonner une place centrale aux mots du poète tout en les accompagnant par la peinture permet au lecteur de jeter un regard neuf et finalement très personnel sur les créations d’un artiste que tout le monde cherche encore aujourd’hui à comprendre dans ses dimensions multiples.

 

 

L’écrivain et éditeur Stéphane Barsac, en signant la préface de cet ouvrage, parle de l’œuvre de Rimbaud comme d’« un transport — ivresse ou vertige — qui s’élance à l’infini ». Il faut convenir que la peinture qui accompagne les vers du poète donne des ailes à cette recherche perpétuelle de l’infini.

 

En rappel au titre du recueil Illuminations, de nombreux tableaux illuminent par leurs couleurs chaudes les pages de cette édition qui ne saurait apparaître pour les amoureux de Rimbaud comme une trahison de la parole du poète mais plutôt comme un sensible écho, l’image faisant résonner le texte dans un langage muet qui nous saisit de l’intérieur.

 

Cependant, présenter un tel ouvrage artistique relève presque de la gageure tant il faut le feuilleter pour que sa lumière rejaillisse pleinement sur le lecteur, et ajouter des mots aux mots pour tenter de le décrire apparaît bien importun.

 

C’est pourquoi je vous recommande de visionner l’étrange émission proposée par Emmanuel Couly. Au sein de l’École Polytechnique, ce professeur de français inventif reçoit Jeanne Cottet, chargée de recherches iconographiques aux éditions Diane de Selliers pour Rimbaud (il faut passer les dix premières minutes).  

 

Si vous ne connaissez pas Emmanuel Couly, le personnage vaut le détour, rien que par l’énergie qu’il dépense à mettre la littérature en image, en développant une émission qui associe un ouvrage, un auteur à un lieu remarquable du département de l’Essonne.

 

 

 

Rappelons qu’avant de faire dialoguer la peinture moderne avec Rimbaud, les éditions Diane de Selliers ont proposé l’Eloge de la folie d’Erasme illustré par les peintres de la Renaissance du Nord, Promenades dans Rome de Stendhal avec les peintres du Romantisme, ou encore La Divine Comédie de Dante avec Botticelli.

 

Si ces ouvrages d’art ont un certain prix, les éditions Diane de Selliers ont lancé depuis 2007 une collection plus abordable, avec la réédition des ouvrages déjà publiés, dans un format plus petit. Le premier titre, Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire illustrées par la peinture symboliste et décadente (471 pages, 52 €), est paru à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de l’édition originale des Fleurs du mal.


Pour approfondir

Editeur :
Genre : peinture /...
Total pages : 432
Traducteur :
ISBN : 9782364370555

Poésies ; une saison en enfer, illuminations d'Arthur Rimbaud à la lumière de la peinture moderne au tournant du XXe siècle

L'intégralité de Poésies, Une saison en enfer et Illuminations dans une approche inédite : chaque poème est associé avec une oeuvre d'art qui fait sens et provoque résonnance, émotion et plaisir. Lisez Rimbaud comme vous ne l'avez jamais lu : au-delà du mystère des mots, laissez-vous porter par la beauté de la poésie par l'image.

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