Robert Alexis, Flowerbone

Clément Solym - 13.05.2008

Livre - Flowerbone - Robert - Alexis


Il en est de certains romans comme des songes qui nous quittent alors que le réveil vient de sonner. On les regrette, pour cette part onirique dans laquelle ils nous ont fait voyager, dans une invitation plus diablement baudelairienne que jamais. On s’en extirpe avec en bouche une frustrante sensation de perte, de vide, dont on ne goûtera plus jamais la plénitude.

Flowerbone…

Ce livre incarne le roman de la chair par excellence. Tout en lui hurle au corps, crie son existence, sa vérité méconnue, son appétit de sensations et de geste, de contact, la fragilité de l’épiderme, sa saveur, et l’exil de la conscience en ses frontières. L’histoire, à quoi sert-elle, si elle ne dessert pas une cause manifestement plus vaste que le projet d’écrire. Sur un fond de science-fiction, qui n’est pas sans rappeler un roman de Frank Herbert Destination : Vide, le thème de la découverte de soi apparaît tout d’abord comme un horizon fugace, mais inévitable.

V. Dee est le successeur des cyborgs, qui eux-mêmes succédèrent aux humains. Mais ce vaste tissu de logique numérisée manque cruellement, non d’une conscience, mais de l’inattendu, de l’incertain. De la création. Alors, V Dee va mettre au monde un corps, qu’il dotera d’une existence mentale. Un cyborg qui prendra vie dans une chair de sang et de contingences. Ce dernier se découvrira une identité en devenir, commençant par une figuration sexuelle. Puis un nom : Yvonne. Désignation et chair, prémices de l’identité. Yvonne vient d’entamer sa quête charnelle, sa quête d’étant.

Tout doit être appris, décortiqué pour remplir à bien le programme et sa mission. Car V. Dee a besoin d’un élément qui fait défaut à sa puissance de calcul. La création. Toujours elle. Chose pour laquelle Yvonne fut créée. Ainsi, défilent épreuves sensitives, tactiles, apprentissage de la faim, du plaisir, et plus vaste encore, de la sexualité et de ses plaisirs. Le corps et ses limites, sa puissance, tout est expérimenté.

Plus qu’un évangile, Flowerbone est LE roman de l’incarnation.

Pour l’aider à compléter cette formation (les férus de langue vulgaire parlerons aisément d’un Bilsdung Roman, ou roman de formation, au sens le plus strict), la nécessité d’un mâle va se dessiner, sans qu’on y prenne garde. Surgira sur une scène, un ancien pilote d’avions de chasse durant la guerre, qui prit part à une expérience aéronautique fulgurante. Fascinant, mais éphémère. Pierre d’attente d’une existence qui ne s’accomplira que dans son union avec celui qui déclencha, qui enclencha l’épreuve de l’amour. Comment être humain, sans en avoir éprouvé les violents délices ?

Alors pourra se poursuivre l’apprentissage, se succéder les épreuves, les humiliations qu’il faudra comprendre et assimiler pour faire corps avec ce corps à découvrir. Comprendre combien compte la possession de soi, pour accéder à une individualité. Mêler conscience et chair, en permanence pour acquérir une unité, même composée d’une inéluctable fragmentation d’événements, de souvenirs, de constructions.

Mais que l’on s’entend bien. Flowerbone n’a rien de la permutation métaphysique raccroché à son sujet, comme une moule qui se fixerait à un rocher. Il s’agit d’une expérience racontée à la première personne, dans une permanente candeur lucide – bravo les oxymores, et pourtant… - qui découvre, qui se découvre. Tout cela pour qu’advienne l’étincelle dont V. Dee se nourrira, pour retrouver sa route dans l’espace. La création, celle qui échappe en quelque sorte aux aléas de la logique, du savoir.

Celle qui découle de l’être. Flowerbone est aussi un hymne à l’Humain. Grandiose et tenace, en devenir.



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