Roi des Krols : quand redoublent les coups et les assauts

Nicolas Gary - 22.09.2020

Livre - Olivier Martinelli fantasy - roi Krols guerre - roman imaginaire fantasy


FANTASY – Une vie paisible, dans une nature accueillante, à peine domestiquée par l’homme. Et soudain, un assaut, mené par des ennemis trop orgueilleux, lourdement armés. Les peuples Belecks vivaient au rythme des saisons, sans arrogance. Et les Palocks débarquèrent, dans leurs armures blanches rutilantes, ivres de massacres et de guerre. 

Ils furent bien reçus.



La légende veut qu’Olivier Martinelli, ayant dénigré la littérature que dévorait sa progéniture, se soit entendu répondre : « Si c’est si facile, t’as qu’à en écrire un de livre de fantasy. » Papa étant romancier, plutôt dans le policier et dans l’historique, la première partie de l’aventure se tentait. La seconde, qui consiste à sortir de sa zone de confort pour produire un monde ex-nihilo, capable de tenir la longueur, devenait plus ardue. 

Après des générations de Tolkien, de Goodkind ou encore Zelazny – et puis, côté français, Jaworski, Pevel, Bottero ou Lucie Chenu… La fantasy, c’est ce royaume qui ouvre des portes vers un univers de surnaturel, où la magie côtoie le mythique. Et si l’on peut lui conférer une dimension épique, alors soudain le souffle gronde, la tempête fait rage : un héros va, naissant.

Dans le monde des Belecks, on apprend la théorie du combat et l’on s’entraine : pour Daan et ses frères — plus encore pour sa sœur d’une redoutable habileté à l’arc — les leçons sont dispensées par un père, charpentier, et une mère, aimante. Mais loin des autres enfants : parce que les grands destins ne se forgent pas dans les salles de classe commune, même à l’Académie.

Glomek leur village est l’un des cinq composant le peuple Beleck. Paisible, sacrément paisible. 

Jusqu’au débarquement des Palocks, venus détruire toute forme de vie belecke (pardon pour la licence poétique, l’adjectif n’est pas encore attesté). Une force de frappe colossale : jamais on ne vit autant d’hommes réunis pour orchestrer une pareille hécatombe. Les Palocks et leurs mains à six doigts, détestables, oubliés presque, les voici revenus, avec la mort en main.

Mais rien ne se passe comme on l’imagine : un peuple presque grégaire peut révéler une puissance inimaginable, des stratagèmes et des ruses de militaire aguerri. Surtout quand, parmi ces gens, se cache le Grand Kal, roi des Krols, qui avait choisi de se faire discret. Et que ses enfants, Daan, Luke, Lak et Zila l’archère, ont été savamment entrainés pour devenir des meneurs d’hommes, autant que des soldats sûrs de leur art.

C’est là, dans cet espace improbable, que se niche une contre-attaque : une lame de fond qui ne trouvera la paix qu’avec la fin de la menace palocke (re-désolé, néologisme…). Monter une armée, rendre coups pour coups, frapper vite et fort, plus vite et plus fort… Une épopée guerrière qui s’avance, puissante comme l’une de ces grandes marées, ou vives-eaux : terrible et rapide.
 
Ouverture d’un diptyque qui fait ici la démonstration d’une maîtrise complète du genre, Le roi des Krols montre que Martinelli a saisi les codes de la fantasy : il livre un récit riche, truffé de créatures bien senties. La magie ne déborde (pour l’instant) pas et l’on suit la métamorphose de Daan, qui deviendra, après ses succès militaires, Daan Le Rouge. 

Toute association d’idées avec Daniel Kohn Bendit serait ici le fruit d’un cerveau malade. Totalement malade. Ou d’une bonne blague de l’auteur. Ce qui n’empêche en rien qu’il ait un cerveau malade.

Reprenons : le roman s’ouvre sur une accroche violente, mais replonge immédiatement dans une forme de variation bucolique très tendre. On croirait entendre une pastorale virgilienne de très bonne tenue. Cependant, le fracas des armes résonne, et soudainement, on plonge. 

Une énergie incroyable se déploie page après page : l’intensité redouble, chaque événement dépasse le précédent avec une magnitude qui va croissant. Peu, voire aucun repos : les affrontements se succèdent, le récit redouble, encore, et encore, plus véhément que jamais.

Le tout sur des chapitres concis, qui emportent le lecteur avec ce sentiment d’être une coquille de noix baladée sur l’océan en furie. Le sac, le ressac qui ne cesse de de gronder et grossir, comme si l’on s’en allait pour surfer Teahupo’o… (voir la vidéo)

Une épopée, sans nul doute, avec un premier tome assez peu bavard sur sa cosmogonie. Mais quelle puissance !


Olivier Martinelli – Le livre des purs, T.1 : Le roi des Krols – Leha Editions – 9791097270490 – 19 €
 
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