Roi mon père : un royaume sans femme qui questionne et dérange

Mimiche - 04.06.2013

Livre - séparation - famille - père


 

Après avoir brouillé toutes les pistes qui pourraient permettre de les retrouver, après avoir recueilli l'accord de ses deux enfants, Jude, neuf ans, et Paul, six ans, pour ce départ en catimini, le père les a tous emmenés loin de la mère qui malmenait ses droits de visite, l'empêchait de profiter de ses enfants, les empêchait de profiter de lui, détruisant cette relation importante du père avec ses fils.

                                                                 

Roulant à rebrousse-chemin de la destination qui aurait dû être la leur, le père, après avoir modifié les plaques de la voiture, les conduit tous les deux dans une vieille bâtisse de montagne qu'il a discrètement achetée à l'effet de ce repli du monde, de cette retraite en autarcie où la mère n'aura plus prise.

 

Arrivés à destination peu avant l'hiver, le père installe la famille restreinte dans des conditions précaires et spartiates face aux mois de neige qui se présentent. Lui, l'universitaire reconnu, les installe pour durer dans l'isolement, les cache aux voisins, paye le ravitaillement en liquide, monte sur la toiture pour la vérifier, nettoie l'étable, leur achète un chien, leur promet des chevaux au printemps, surveille leurs études et les enferme dans une solitude où les femmes sont bannies, où la mère est rejetée même si parfois, le soir, le petit Paul pleure au fond de son lit.

 

 

 

Je n'ai pas bien compris où Olivier SEBBAN voulait nous emmener avec ce livre dérangeant qui rejette la femme et la mère dans des ténèbres dont il ne les sort qu'à la seule fonction d'objet sexuel uniquement destiné au repos du guerrier.

 

Je n'ai pas bien compris non plus la nécessité de la présence d'un arsenal d'armes à feu dans les bagages du père sinon pour prolonger une virilité en questionnement. Une virilité qui ne pourrait pas rester à proximité de la féminité au risque de s'y noyer, de s'y perdre, de s'y dénaturer ? Serait-il si faible ? Si fragile ?

 

Quelle différence entre la possessivité de la mère et celle du père ?

 

Où veut-il en venir avec le détachement – qu'il veut irrémédiable – des enfants de leur mère au motif qu' aucun enfant, jamais, « n'était revenu fouiller les entrailles de sa mère pour y retourner vivre » ?

 

Quel message est le sien dans cette relation où l'amour ressemble plus à de l'autorité possessive vis-à-vis de ces jeunes êtres partagés entre la vénération du père, la peur du père fouettard et l'enfermement dans un choix qui, s'ils l'ont accepté, ne leur serait peut être pas spontanément venu seul ?

 

Cette véhémence anti-féminine dont l'expression est dure (au point d'avoir été amené à me demander quels démons personnels l'auteur aurait à exorciser !) et sans mesure ne serait que pour montrer que le huis clos masculin serait, tout autant que le féminin, voué à l'échec ?

 

Un utérus masculin ne vaudrait pas mieux qu'un utérus féminin ?

 

Fichtre ! Voilà bien des chemins tortueux pour conduire une telle démonstration !

 

Je trouve que l'outrance du verbe et des situations dans lesquelles Olivier SEBBAN enferme son personnage du père n'apporte rien au récit lequel aurait certainement pu trouver une autre dimension sans cette agressivité du père face à tout ce qui n'est pas le nouveau cocon qu'il entend tisser autour de Jude et de Paul.

 

Et je trouve aussi qu'Olivier SEBBAN n'a pas dû exorciser ses propres démons quand il reste incapable, tout au long du livre, de donner un visage tant au père qu'à la mère en n'arrivant pas à les nommer autrement, en n'arrivant pas à leur donner un prénom.

 

Dérangeant, certes, mais au fond, pas terrible comme bouquin !