Roland Jaccard : une vie pessimiste et bien remplie

Xavier S. Thomann - 09.05.2013

Livre - Roland Jaccard - Lausanne - Paris


Dans un petit livre de souvenirs, le journaliste et écrivain Roland Jaccard revient sur différents épisodes de sa vie. Mais surtout, au fil des pages, il distille les grandes lignes de son « art de vivre », entre cynisme et jouissance. 

 

Parue chez Grasset, cette petite « confession intime » porte le titre évocateur de Ma vie et autres trahisons, un peu comme si l'une ne pouvait aller sans les autres. Autant vous dire que si vous n'avez pas une tendance prononcée au spleen, vous aurez du mal à accrocher comme on dit. Ce n'est pas pour rien si l'auteur a, un temps, fréquenté Cioran, le docteur ès cynisme de toute une génération.

 

Du maître roumain, il a hérité du fameux :  ”mais pourquoi m'a-t-on donc infligé la vie à moi qui n'aie rien demandé ? ”. Un sentiment que Jaccard a compris très jeune, alors qu'il habitait encore la ville de Lausanne. « L'enfant que j'étais comprenait mal que ses parents l'aient jeté dans cette fournaise qu'est le monde. Il les jugeait inconscients. »

 

Cet homme de peu de mots (heureusement pour nous ce sont souvent les bons) a le grand talent de savoir aller au droit au but. On a en effet connu des autobiographies plus touffues. Mais les traits d'esprit sont là que la brièveté n'est pas une mauvaise chose. Florilège. 

 

 

Lausanne

Nouhailler, CC BY-SA 2.0

 

 

« Porter des Ray-Ban vous désigne comme un playboy tendance facho. » Ou encore : « Moi, c'était plus simple encore : je n'éprouvais à vivre qu'un plaisir très modéré. Cela aide à supporter bien des situations. » Ou bien encore : « L'amour finit toujours comme il a commencé : par un meurtre. » 

 

Rassurez-vous, Roland Jaccard a tout de même passé quelques bons moments, qui sont consignés dans le présent ouvrage. De voyages aux femmes, en passant par les lectures et des rencontres pas banales, c'est la trajectoire d'une vie qui se dessine. Avec, mine de rien, un certain humour. Comme quoi, le pessimisme conserve.