Rollon, chef viking qui fonda la Normandie : des légendes aux drakkars

Audrey Le Roy - 02.05.2016

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Il faut bien l’avouer d’entrée de jeu, Rollon et Ragnarr Lodhbrock n’étaient pas frères ! Et ça n’est pas la seule déconvenue que j’ai subie en lisant cette biographie de Rollon – Le chef viking qui fonda la Normandie, écrite par Pierre Bouet, spécialiste de la Normandie médiévale et du royaume anglo-normand, publiée chez Tallandier. Hélas, la série Vikings, réalisée par Michael Hirst et qui pourrait donner à certaines l’envie de se faire kidnapper par l’un des deux membres de la fratrie, est assez loin de la réalité historique. Pierre Bouet, au contraire, souhaite nous éclairer sur la vie de ces hommes et plus précisément sur celle de Rollon.
 

 


Les principales sources écrites nous proviennent des annales d’abbayes qui, pour la plupart, ont subi des attaques « des païens du Nord », « mais la source principale de l’histoire normande est l’ouvrage rédigé par Dudon, chanoine de Saint-Quentin. » C’est Richard Ier, petit-fils de Rollon et Duc de Normandie, qui, en 994, lui commande une histoire du duché afin « de réhabiliter le peuple normand et le lignage issu de Rollon ». Cela deviendra Historia Normannorum (l’« Histoire des Normands »). 


Vers 1060, Guillaume Caillou, moine de l’abbaye de Jumièges, rédige un abrégé de l’œuvre de Dudon. Intitulé Les exploits des ducs normands, il retrace l’histoire de la Normandie depuis Rollon jusqu’à Guillaume le Conquérant. Il s’agit là de la seconde source importante que nous possédons.

Comme nous le remarquons, il n’y a pas de sources directes, c’est-à-dire issues de personnes contemporaines à Rollon. Cependant, si les indications chronologiques ne sont pas extrêmement précises et s’ils prennent, quelquefois, des libertés afin de mettre en scène le chef viking, il apparaît, tout de même, que leurs récits sont, dans l’ensemble, confirmés par les sources archéologiques ainsi que par les datations au carbone 14. 

 

Rollon serait né vers 850-860 en Norvège. À la mort de son père, il s’oppose au roi, car celui-ci désire s’approprier les terres familiales. Opposition qui va le conduire à se faire chasser ainsi que les hommes qui l’ont soutenu. Il prend alors la direction de l’Angleterre, où il va piller les églises et tenir en échec les hommes du roi anglais, Athelstan. Ce dernier va prendre le parti de traiter avec Rollon pour arrêter l’hécatombe et convenir d’un pacte d’amitié.  


Ainsi, Rollon quitte l’Angleterre pour le continent. Il arriverait en baie de Seine en 876 et finirait par s’établir à Rouen. Il est important d’utiliser le conditionnel, car, encore une fois, aucune source n’est très précise concernant la chronologie des évènements. De 885 à 888, il participerait au siège de Paris, en 889 et 891, aux deux sièges de Bayeux où il capture Popa, fille du prince Béranger, et en fait sa concubine, ce qui était autorisé « selon la coutume danoise ». Elle lui donne un fils, Guillaume Longue Épée, premier héritier d’une longue lignée… 


Afin d’arrêter les pillages, le roi de France, Charles le Simple, somme l’archevêque de Rouen d’entamer des négociations : résultat, une trêve de trois mois. La reprise des hostilités commence par la bataille de Chartres qui démarre par « la déroute des Vikings et la fuite de Rollon », mais les représailles du chef viking seront violentes et entraîneront une nouvelle demande de négociations.

 

Baptême de Rollon par l'archevêque de Rouen - Bibliothèque municipale de Toulouse


 
En 911, celles-ci aboutissent au traité de Saint-Clair-sur-Epte. Au terme de longues tractations l’accord est le suivant : Rollon devra se faire baptiser, épouser Gisèle, la fille du roi et prêter serment d’amitié, à savoir servir le roi en cas d’attaques extérieures, par exemple. En contrepartie, Rollon reçoit la Neustrie (la Normandie) et en devient « le détenteur de tous les privilèges royaux. » Il peut nommer les évêques, battre monnaie, fortifier ses villes, rendre justice ainsi que lever une armée. Il s’agit là « d’une possession perpétuelle (possessionem in sempiternum), affirmant que les Normands garderont pour toujours la terre donnée par le roi. » 


Cette terre est ensuite transmise aux descendants de Rollon qui furent nombreux puisque « de la grandeur normande, seul demeure aujourd’hui le royaume d’Angleterre, où règne toujours un lignage remontant à Guillaume le Conquérant, et donc à Rollon. » En effet, Guillaume le Conquérant était son arrière -arrière-arrière-petit-fils. Rollon meurt vers 933. Son gisant est visible à la cathédrale de Rouen.

Plus que de la « seule » biographie de Rollon, Pierre Bouet rend compte, dans ce livre, du mode de vie des Vikings, de leurs croyances, des raisons de leurs raids, de leurs tactiques au combat, etc.  Il permet aussi de se faire une idée plus précise de l’héritage viking en France, que cela concerne les noms de nos villes et villages (en particulier en Normandie), notre langage ou encore nos objets. 


À lire afin de bien séparer l’Histoire du mythe !

 

 

Charles le Simple donne sa fille Gisèle à Rollon - British Library