Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Roman emprisonné : Le Silence des oiseaux

Christelle Gombert - 17.02.2015

Livre - prison - mémoire - enfants


Depuis qu'il a été accusé, à l'âge de 12 ans, d'un vol qu'il n'avait pas commis, Marcel est détenu à l'Institut Public d'Éducation surveillée de Belle-Île-en-Mer. Son quotidien : violences verbales, tortures punitives, agressions sexuelles. « Nos ventres ont faim, notre peau est crasseuse, nos crânes sont rasés. Je n'ai jamais dormi dans un lit. Et certains de mes camarades dorment pour toujours, là-haut, sur le plateau, enterrés comme de vulgaires chiens. » 

 

Et puis ces cordes qu'il faut sans fin nouer, ces filets de pêche qu'il faut ramender jusqu'à s'en faire saigner les mains... Car ici, Marcel apprend le métier de matelot jusqu'au jour de ses 21 ans. Dans trois longues années, il pourra enfin être libre. Avant cela, la seule issue de secours, c'est l'océan déchaîné. Marcel sera-t-il capable de risquer sa vie pour fuir cette prison qui le tue lentement ?

 

Le Silence des oiseaux est un court roman : 176 pages, et pas une de trop pour peindre l'indicible horreur de l'IPES de Belle-Île-en-Mer. Vous croyez avoir affaire à une autre fiction pleine de violence gratuite ? Détrompez-vous : l'établissement a bel et bien existé, ouvert en 1880 et fermé... en 1977. Il y a moins de 40 ans, donc.

 

C'est en souvenir de ceux qui y sont restés pour toujours, morts sous les coups de leurs « pères », en mémoire de ceux qui s'y sont révoltés et ont été muselés, que Dorothée Piatek a mené ses investigations durant deux années. Le roman, sobre et bouleversant, traversé de poèmes illustrés en musique par Arm*, est le témoignage de ceux qui ont survécu à cet enfer. Un livre pour « lutter contre les amnésies de l'histoire ».