Romancero Gitan, Frédérico Garcia Lorca

Clément Solym - 16.06.2008

Livre - Romancero - Gitan - Frederico


Il serait assez prétentieux de commenter un texte de Garcia Lorca à brûle-pourpoint, comme ça hop, de suite… Car si Balzac nous a longuement offert la Comédie humaine, je serai tenté de croire que Lorca a ciselé Romancera Gitan.

Il s’agit de 15 pièces comme autant d’épisodes, de tableaux révoltés ou vifs ; vivants de toute façon.

Car Lorca y dépeint des Gitans sublimes, mais pas sublimés. Ils sont ceux qui sculptent dans le cœur même de la Lune « colliers et bagues d’argent », profitant de toute occasion pour assouvir une envie d’éternité même dans l'éphémère.

Dans Romancero d'ailleurs, les images nocturnes se succèdent, des mouvements lascifs, celui du vent qui flirte avec les jupons d’une fille, célébrant le corps et la chair, caressant les plaisirs simples… Toutes les images poétiques sont puisées dans un imaginaire classique, ou du moins, qui l’est devenu à nos yeux, et l’on sentirait presque le sable brûlant sous ses pieds en parcourant les pages.

Chaleur, parfums, celles des aromates évoqués ou de l’eau d’une rivière, couleurs de safran et de tissus, tout un univers ici célébré pour rendre hommage, et donner vie :

« Tel que je suis, je dois vivre
Comme un Gitan authentique.
»

Et le monde s’est écroulé. Les villes se parcourent comme l’on chevauche à perdre haleine, mais chaque halte est une découverte : les places se succèdent porteuse d’un exotisme ancien, et presque vétuste, mais d’où émane une sorte de magie… Toute l’attrayante liberté, toute l’attirante facilité d’une vie sans contrainte autre que l’honneur d’être soi et l’orgueil d’y parvenir.

Car si le simple francophone se régalera d’un texte français dense et fluide, du fait d’une traduction, réalisée par Alice Becker-Ho, véritablement superbe, on perdra immanquablement la musicalité si primordiale des paroles originales. Dans cette édition bilingue, rien ne vous empêche de vous essayer à une prononciation peut-être hasardeuse, mais assurément plus évocatrice.

D’autant plus que ces textes illustrent les coplas, ces chants andalous que l’on accompagne à la guitare… Sinon, on se contentera de rêver avec le texte.