Ryoko Sekiguchi : une philosophie du goût

Fnac - 18.05.2016

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L’astringent et le fantomatique. En 2012, paraissaient deux petits livres aux titres étranges, à la couverture épurée et soignée : L’Astringent et Manger fantôme. Dans ces deux courts essais (environ 80 pages chacun), Ryoko Sekiguchi, écrivain et traductrice, réfléchissait à notre relation à la nourriture et au goût, et explorait de biais la culture japonaise. On pourrait parler de littérature gourmande ou de cuisine poétique.

 

 

 

L’œuvre de Ryoko Sekiguchi est inclassable, mais elle appelle à la réflexion ; une réflexion philosophique et gustative qui se poursuit avec la parution en mai 2016 d’un nouveau livre, Fade, le coup de cœur de Pauline, libraire sur Fnac.com.

 

Le fade

 

Les facettes de la fadeur sont multiples. Dans son essai philosophico-culinaire, Ryoko Sekiguchi en cerne les contours. En quête des « aliments vaporeux » dans Manger fantôme, elle tente ici encore de capter l’invisible, de définir l’inexistant. Comment désigner le fade ? La quasi-absence de goût ? Ryoko Sekiguchi se penche, de sa plume aérienne, sur cette nuance gustative difficilement qualifiable tant elle repose sur des perceptions et des considérations très personnelles. 

 

La blancheur

 

Le terme « fade », contrairement à l’astringent, est très utilisé dans la langue française, beaucoup plus qu’en japonais. La cuisine japonaise regorge de ces plats jugés fades par un palais européen : le tofû, le riz blanc, le fugu… Ces plats se distinguent par une même blancheur, une certaine pâleur du goût en somme. Sekiguchi s’interroge sur la question de la perception. La définition du mot dépasse largement le domaine culinaire ; elle est liée à la culture, ou plutôt au regard que l’on pose sur une culture étrangère. 

 

Cuisines du monde

 

À travers ce court texte, l’écrivain livre élégamment et dans une langue somptueuse une réflexion sur la vision occidentale de l’Asie, sur le rapport des Français au goût, et sur les interférences et incompréhensions possibles entre deux arts de vivre. Elle tente de percer « le mystère du mot » et livre une définition originale : le fade serait « le centre creux de toute saveur définissable. Une boîte vide où l’on jetterait en vrac toutes sortes de sensations différentes, et de non-sensations, et sa propre incapacité à sentir. »

 

Le Fade a son pendant japonais, Umami, un texte que Ryoko Sekiguchi est en train d’écrire. Deux livres comme un trait d’union entre cuisine japonaise et cuisine française, tous deux publiés dans la belle collection « Paradoxes » des Ateliers d’Argol. 

 

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