Sage-femme, la vertu d'une sainte et la condition physique d'un athlète de haut niveau.

Cécile Pellerin - 18.05.2015

Livre - sage-femme - hôpital - naissance


Ce livre est une surprise. Une heureuse surprise. Si le titre et la couverture ressemblent à s'y méprendre à un succédané des livres de Laurence Pernoud et vous horripilent déjà, passez outre et lisez les premières pages. Il est fort probable alors que vous ne lâcherez plus ce texte ensuite, bien plus peut-être encore si vous êtes une jeune femme, une mère mais il est probable aussi qu'il saura retenir les futurs ou jeunes pères.

 

Rédigées dans un style alerte et souvent léger, très agréable et finement rythmé, les confidences d'Anna Roy, jeune sage-femme parisienne, pas encore trentenaire, sont simplement saisissantes et passionnantes, pleine d'authenticité et de fraîcheur, d'une tonalité empreinte d'une franchise sensible et juste.

 

Capable de rendre compte d'une expérience à la fois professionnelle et intensément  humaine,  étonnamment mature, Anna Roy accapare son lecteur au fil de ses histoires insolites, graves ou drôles, délivrées en courts chapitres.

 

Nul ennui, nul effet de pathos, un ton volontairement détaché, proche de la dérision même parfois, offrent à ce témoignage une force convaincante et une adhésion totale du lecteur à pouvoir ensuite entendre les revendications (justifiées) des sages-femmes pour une meilleure reconnaissance de leur profession.

 

Sans jamais s'apitoyer sur des conditions de travail pourtant éprouvantes, la jeune femme épanouie dans son métier, délivre ses joies et émotions, comme ses peines ou ses difficultés mais ne s'attarde jamais, toute en retenue et bienveillante avec ses patientes et les proches qu'elle décrit. Son enthousiasme, son exaltation, sa vitalité et son sang-froid, son sens de l'observation aigu, sa vive empathie comme son humilité impressionnent autant qu'ils séduisent, dévoilent une vocation plus qu'un métier sans doute. Mais peu importe, le lecteur se réjouit et découvre un univers hospitalier d'un point de vue inédit et chaleureux.

 

Des maladresses de débutante au soutien sans faille des collègues expérimentées, du travail d'enfer aux gardes épuisantes, des accouchements tragiques aux naissances heureuses, des portraits de pères terrorisés, fragiles, trompés ou vidéastes agaçants, de l'accouchement sous X, des complications éventuelles, de la panne d'ascenseur, de la femme africaine qui accouche de jumeaux à quatre pattes, de l'accident du travail auprès d'une patiente musclée, de l'envie d'arrêter au burnout, de l'âpreté et de l'amertume, etc. Anna Roy n'élude rien, ni les odeurs, ni le bruit des appareils médicaux ou les claquements de chaussures, les cris, les pleurs, les discussions vives…

 

Son sens du détail tout aussi précis dans la description de ses interventions en libérale, notamment en suites de couches chez des patientes éprouvées, en pleine détresse, attache et convainc.

 

Des journées ordinaires mais trépidantes dont le lecteur s'imprègne avec bonheur et curiosité. Admiratif, ébahi, amusé ou ému, sidéré parfois, saisi en tout cas par l'appel à l'aide des dernières pages. En effet, lorsqu'il referme l'ouvrage, s'il ne rêve pas d'exercer ce métier, il a bien envie que les pouvoirs publics s'y intéressent plus sérieusement et offrent enfin à ces femmes un statut digne de leur engagement essentiel et remarquable.

 

 

 

"On malmène son corps. On le prive de sommeil, on le prive de nourriture, on ne prend même plus le temps d'aller aux toilettes. On va au bout du bout, on tire sur la corde, déjà tendue. On pleure avant les gardes de nuit parce qu'on n'en peut plus. On s'endort dans le métro car les nuits n'existent plus. On est agacé par les patients, on cherche à se protéger jusqu'au jour où l'on n'a plus qu'une seule envie : arrêter."

 

 Vite, il y a urgence.