Sainte Famille, Jean Forton

Clément Solym - 28.08.2012

Livre - Sainte Famille - Jean Forton - Romain


Lorsqu'il se fait pincer la main dans le sac par le mari cocu, Stéphane n'a pas trop de possibilité pour nier l'évidence. Et pour ce qui est de l'évidence, entre lui qui est en petite tenue et elle qui est nue cachée sous le drap, rien ne peut être plus clair

 

Sereinement, il laisse passer l'orage, les insultes, les menaces, le coup de sang ! Stéphane a bien senti qu'il valait mieux faire le dos rond, ne pas envenimer les choses. Badenski, le mari trompé qui l'hébergeait, veut le jeter à la rue ? Badenski s'écrie l'avoir démasqué ? Avoir mis à jour ses manigances ? Bien plus que tout, ce qui ennuie Stéphane, c'est qu'il aurait pu éviter la surprise de ce retour inopiné qui met à bas toute sa petite organisation. C'est qu'il va, à nouveau, se trouver sans gîte et sans couvert.

 

Et ce n'est pas d'en appeler à Dieu et à ses grands desseins qui fera fléchir Badenski, insensible à sa dialectique, imperméable à son goût du divin, de la vocation, de la grande ambition spirituelle, du salut qu'il prône vouloir pour tout le monde. Pour l'instant, ce que veut Badenski, c'est le voir déguerpir, loin, définitivement ! Au point qu'il va jusqu'à le raccompagner à la gare, lui acheter un billet pour Paris et attendre le départ du train sur le quai pour s'assurer de son départ.

 

Mais ce petit revirement de situation n'est pas grave. Stéphane a en Dieu une foi inébranlable qui l'aide à surmonter les épreuves, à poursuivre sa mission : au premier arrêt du train, il descend et, en stop, prend le chemin du retour. Même le chauffeur du camion n'échappera pas à son prosélytisme. Dans une sorte de remake modernisé du Tartuffe, Jean Fortin revisite les travers de l'âme humaine comme l'avait fait bien avant lui Jean Baptiste Poquelin.

 

Le sophisme est la loi de ce Stéphane qui embobine avec talent mais aussi avec sa belle figure, toutes les âmes faibles, trop confiantes ou trop vite débarrassées, grâce à un aplomb inégalable et une verbosité intarissable et emphatique, de leurs éventuelles réserves, retenues ou appréhensions.

 

Seules les âmes fortes seraient en capacité de résister à ces certitudes énoncées comme autant de vérités divines où se mêlent la relation du sacré, les grands sentiments, l'altruisme le plus empli d'abnégation mais certainement aussi les desseins les moins avouables. Seuls les caractères trempés seraient à même de se rendre compte que le brillant prédicateur ne rechigne pas à voir ce sein qu'il ne conjure aucunement de cacher.

 

L'exercice est amusant mais n'est pas à la hauteur de la pièce de l'illustre prédécesseur. Le drame tarde à se mettre en place. L'épaisseur du volume est mal appropriée à des situations caricaturales que la vivacité du théâtre excuse sinon impose. La chute est trop rapide et pour le moins décalée : les arguments des âmes fortes ne pourraient mettre à jour la tartufferie qu'à coup de violence physique ? Et, au bout du compte, ce Tartuffe nouveau trompe-t-il tout son monde y compris lui-même ?

 

Bref, je n'ai pas été convaincu et le côté désuet de cette Saint Famille n'apporte pas la petite touche qui aurait pu donner quelque relief à ce roman somme toute un peu fade.