Salone : une histoire dans l'Histoire de la Sierra Leone

Mimiche - 27.08.2013

Livre - diamant - corruption - Sierre Leone


Une nuit, dans un petit village de la vallée du Niger, dans la première moitié du XIXème siècle : Kaanda tente de fuir et d'échapper ainsi aux guerriers Ashanti qui viennent faire des razzias d'esclaves pour les blancs qui vont les mettre sur des bateaux pour les emmener. Loin !

 

Kaanda n'échappera pas à ces hordes aguerries. Mais sa chance sera tout de même que le bateau sur lequel elle est emmenée sera pris par la Royale qui fait la chasse aux navires négriers. Certes elle ne reverra pas le Niger mais elle n'arrivera pas aux Amériques : elle sera débarquée en Sierra Leone.

 

Milieu du XXème siècle, Jamil ne supporte plus la petite vie étriquée que lui propose son père, un libanais marié à une Sierra-Léonaise : conduire un camion pour un petit commerce minable qui ne rapporte pas grand chose n'a pas l'attrait de ce qu'il perçoit autour de lui, toute cette agitation autour des trafics de diamants dont le pays regorge.

 

Alors, avec son copain Nahib, Jamil va monter un coup pour, lui aussi, pénétrer ce monde où les risques sont, certes, énormes mais sont, bien sûr, pleins de promesses de richesses et de puissance : les « diamants de sang » n'ont pas volé leur surnom.

 

Nelson, lui, sur la plage de Lumley Beach, n'a pas d'autre ambition que de servir tranquillement ses clients sur la terrasse de son petit restaurant qui fait face à l'océan. Des clients qui sont aussi des amis lesquels lui permettent parfois d'aider d'autres amis à monter la première marche qui sortira ces derniers de la misère.

 

Car Salone, le Sierra Leone en créole kryo, manipulé et corrompu, ne partage pas ses richesses.

 

 

 

Entre la fresque historique, le reportage journalistique et le roman pur et simple, Laurent BONNET n'a pas réussi à choisir !

 

Cela donne un récit rempli d'anecdotes savoureuses, de situations écœurantes, d'ambitions démesurées, de courage profond, d'humanisme exacerbé, ou encore de gabegie invraisemblable et d'avidité ignominieuse. On voit bien qu'il maîtrise le sujet et qu'il connaît par cœur le terrain.

 

Il disserte largement sur les difficultés d'une ancienne colonie à sortir des ornières de l'occupation, à s'affranchir des anciens cercles d'influence, à organiser sa liberté et son auto-détermination, à mettre un terme aux manœuvres occultes, à réellement devenir une démocratie.

 

Même s'il ne les passe pas sous silence, il évite les pièges de l'hémoglobine, du bain de sang permanent, des exactions menées par les uns et par les autres. En revanche, il pilonne méthodiquement tous ceux qui, derrière, tirent les ficelles : politiques véreux, multinationales, puissances étrangères, internationales terroristes ou mafias cyniques. Du film « Blood Diamonds », je n'ai vu que la bande annonce. Sans en occulter ni l'existence ni les méfaits ni la violence, Laurent BONNET n'en fait pas un élément majeur de son livre : simplement une toile de fond dont il rappelle régulièrement la réalité, toute l'horreur et toutes les conséquences pour les populations.

 

En marge de cette mise en coupe réglée d'un pays, quelques unes et quelques uns tentent de faire entendre que tout n'est pas si rose pour le pays. L'African Sentinel, une feuille de chou éditée sous le manteau par quelques voix anti-liberticides, qui ponctue quasi continuellement la chronologie du livre agit comme un poil à gratter à l'égard de tous ces cercles qu'elle dénonce et dérange.

 

Certains diamants de Sierra Leone ne sont pas de carbone pur mais bien de chair et de sang : il en est ainsi de certains des personnages du livre.

 

Mais même s'il finit par y avoir un fil conducteur pour le roman (oh, bien ténu), il est bien long à se mettre en place et, quand il le fait, j'avais déjà pris le parti d'une lecture plus factuelle voire informative (par ses aspects historiques bien réels et parfaitement imbriqués dans le déroulement chronologique du récit) que romanesque. Cela m'a un peu dérouté et gêné car, après avoir longtemps attendu une histoire, j'avais opté pour la lecture d'une Histoire que je ne connaissais pas.

 

Du coup, désarçonné, j'ai été un peu déçu. Même si c'est un très beau chant d'amour à l'Afrique.

 

Ce livre s'inscrit dans la sélection du prix Ligne d'Horizon.