Samedi soir et des poussières, Dominique Périchon

Clément Solym - 14.01.2009

Livre - samedi - soir - poussieres


Ce pourrait être un samedi soir sur la Terre, comme les aurait chanté l'écorché vif d'Aquitaine, notre troubadour ou ménestrel bien de chez nous, mais finalement, ces samedis soirs, ils n'appartiennent qu'à elles. Lydie, l'ombre, et Chatte, la lumière, se sont donné rendez-vous dans ce lieu de musique et de lumière, étape factice dans la poursuite d'une nuit.

Ces deux femmes, tout homme les a connues : c'est celle qui est un peu en chair, mais dégage un voltage excessif, une tension sexuelle palpable et enivrante, accompagnée de son amie plus effacée, plus réservée, moins visible. Ce sont deux filles, qui viennent dans le night-club de leur petite ville, parce que du rêve, aucune autre boutique n'en vend à des kilomètres à la ronde. Alors au moins, dansons...

Puis, il y a cet homme, minutieux dans chacun des détails de son accoutrement : un costume blanc immaculé, comme s'il avait une virginité nouvelle à se racheter. Mais attention au miroir aux alouettes : c'est justement quand ils apparaissent opalescents comme des saints qu'il se cache en eux les plus sombres histoires. Pas forcément qu'ils soient des démons parés d'une fausse auréole, mais ce qu'ils abritent sous la candeur impeccable de leurs vêtements, ça ne transparaît pas au premier coup d'oeil.

Lydie s'en moque, ce n'est pas elle que les hommes sollicitent d'ordinaire. Non, ils préfèrent les caresses de Chatte, d'autant qu'elle griffe rarement. Oui... Mais ce soir, cet homme, en blanc, c'est avec Lydie qu'il va danser. Pour une danse qui prendra une vie. Dans tous les sens...

On savait que Le Dilettante était une maison de goût ; aujourd'hui, on en est convaincu. Ce livre est tout simplement un bijou. Il racle la misère humaine comme un filet de pêcheur gratterait les fonds marins et laisse traîner son regard, en attendant la bonne prise. Et quand il l'a sortie de l'eau, il l'examine, la détaille, juste un instant, le temps d'une pensée, d'une phrase ciselée et envolée, puis, par compassion, et parce qu'il n'aime pas faire du mal aux animaux, Dominique Périchon rejette sa proie à l'eau, et relance ses filets.

Car ce livre, c'est un morceau de cynisme et de détresse : on patauge dans la détresse, on côtoie des handicapés sentimentaux graves, mais ils nous touchent, nous émeuvent et l'on n'a pas le courage de les lapider comme il se doit. Comme les forts font d'ordinaire avec les faibles.

Et il a le sens de la formule, avec ça, mieux qu'un philosophe, moins qu'un poète, ça frappe droit au coeur, là où ça fait mal : ça touche au plus juste, tout simplement. Mais comme il n'aime pas faire souffrir, Dominique a ajouté à tout cela un humour un peu amer, quelque chose à quoi se raccorder pour ne pas plonger dans le gouffre et s'abrutir d'un nihilisme sans fond.

Peut-être ai-je regretté que ce huis-clos ne dicothèque ne se prolonge pas un peu plus avant de basculer... Mais en fait, il a écrit un roman magnifique, et point n'est besoin d'en dire plus.

 
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