Samuel Benchetrit : Et la vie va, la nuit passera

Félicia-France Doumayrenc - 20.08.2018

Livre - Rentree litteraire 2018 - Grasset Benchetrit Rentree - Samuel Benchetrit roman


ROMAN FRANCOPHONE – Après La Nuit avec ma femme, que nous étions nombreux à avoir aimé, Samuel Benchetrit nous replonge dans son univers si particulier où se mêlent fiction et autofiction. Le lecteur ne cessera de se demander si le « je » du livre n’est pas le double de l’écrivain.

 

 

Si le fils, qui n’est jamais nommé, n’est pas Saul, auquel ce roman est dédié. Comme d’ordinaire, Benchetrit décrit minutieusement ces petits détails du quotidien qui parfois nous énervent et à d’autres moments nous amusent. Comment ne pas rire lorsqu’il raconte « 4 mariages pour 1 lune de miel » l’émission de téléréalité diffusée sur TF1 ?

 

Sans oublier ses déboires avec Amazon, qui ne parvient pas à honorer la commande de son propre livre. On en vient même, un instant, à croire que Samuel Benchetrit s’est égaré, lui qui nous a habitués à une toute autre langue.

 

Ce qui rend son livre pertinent réside dans cette description juste des sentiments. Sa manière de raconter tout en finesse l’émoi amoureux pour cette infirmière bègue, nommée Suzanne — il ira jusqu’à lui acheter un canard.

 

Ce dernier texte de Samuel Benchetrit est aussi un livre sur la souffrance et la mort, sur l’amour filial infini qui lui fait écrire ces phrases : « J’étais autant affecté par la mort de cette jeune inconnue qui avait aimé mon garçon, que par la découverte de ce secret qui semblait être la véritable raison de son départ. »

 

C’est un écrit poétique sur la difficile séparation d’avec son fils qui ne part qu’un temps. Ce n’est pas une brisure irréversible, c’est juste la vie qui va, le présent qui change, le temps qui se construit autrement.

 

Samuel Benchetrit se livre pour encore une fois mieux se cacher, car ce roman ne parle que d’amour, de manque :
 

Je pensais à mon fils, lui débarquait de l’Atlantique sur une terre vierge qu’aucun homme n’avait réellement conquise, encore moins du côté de ma généalogie. Je lui envoyais un mail :

Mon grand,

Tu ne dois pas être loin d’arriver.

Tu es le premier d’entre nous à découvrir ce monde.

J’admire le plus petit de tes pas dans ton si grand mouvement.

Est-ce que le premier mot qu’a dit le père inuit à son fils était son prénom ?

Donne des nouvelles de ton horizon.

Ton père. 
 


Sous la plume de Samuel Benchetrit, que de douleurs, de tendresse et de pudeur contenues ! Il laisse le lecteur sur un rivage, le sien, sur l’émerveillement du narrateur qui clôt son roman par ces quelques phrases :

 

- Dis-moi mon fils.

Je crois... je crois que je veux devenir écrivain.

Mes yeux se remplissent de larmes.

Et je sus à cet instant ce qu’avait dit ce père inuit à son fils, et je le dis au mien :

Reviens.

Oui papa... Je vais rentrer.

J’étais baigné de soleil. 

 

 

[Extrait] Reviens de Samuel Benchetrit

 



Samuel Benchetrit — Reviens — Grasset — 9 782 246 784 029 – 19 €

 

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Commentaires

C'est HONTEUX de raconter la fin d'un livre!!!

Surtout celui-là!
Mais il n'y a ni début, ni fin, et encore moins de milieu: du vide.
Je suis l'auteur de l'article, la fin est l'ouverture comme un opéra !

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