Samuel et Alexandre, Francis Leplay

Clément Solym - 04.02.2009

Livre - Samuel - alexandre - Francis


Les années nouvelles sont propices aux ruptures : allez savoir pourquoi, il doit être de bon ton de faire un peu le vide autour de soi et de changer ses habitudes, pour se conformer au calendrier. Clara n'a peut-être pas quitté Samuel pour la nouvelle année ; elle l'a quitté, voilà tout. Et pour lui, l'effondrement est le même. Les histoires d'amour finissent mal, en général, dit la chanson.

Clara a même emporté un pan de la réalité de Samuel, qui se retrouve sans consistance. Aussi, quand Alexandre surgit, dans le café où lui tente de lire pour passer le temps, c'est à peine si ce nouvel ami a plus de consistance.

L'instant suivant, les voici qui consomment de l'alcool à profusion : un rythme difficile à suivre pour l'auteur qui les a croisés, et qui lui ne boit pas. Même pas un peu ? Non, et certainement pas assez pour suivre les deux hommes.

Alexandre a un tempérament moins mélancolique : quand il a découvert Samuel, il a pressenti la douleur, la solitude où l'on se débat. Celle malsaine qui nous accapare l'esprit et pollue littéralement nos pensées. Alors, Alexandre s'est fait un devoir de tenir compagnie à Samuel, de le distraire, de lui indiquer d'autres voies, qu'il en oublie ses tourments. Mais Clara est un substrat persistant, et son souvenir s'est ancré en Samuel comme une moule qui ne se décollera pas.

Pour les deux hommes, c'est une amitié soudaine qui prend forme, l'occasion de partager quelque chose – Enfer ou Ciel qu'importe ! – et autour de quelques verres, de quelques drogues, de chercher un pan de bonheur, si fugace fut-il.

Voilà bien un roman contemplatif, tel que l'on n’en avait pas goûté depuis un moment. Plongée sentimentale dans les affres d'une douleur que l'on muselle, vernis et sursauts de plaisirs comme l'on se redécouvre... le livre tient presque plus du monologue intérieur à deux voix que de la conversation franche entre deux êtres. En même temps, la franchise... c'est suranné, n'est-ce pas ?

Aussi nous nous embarquons, sous l'oeil vigilant de l'auteur, qui avoue ne pas tout savoir, que ces personnages, il les a rencontrés jadis, qu'il a tenté de les suivre, et qu'à présent, il est temps pour lui de raconter leurs affaires, de se faire le scribe de leurs discussions. C'est un peu long parfois, c'est un peu ennuyeux, aussi, non parce qu'il ne s'y passe rien, mais le comportement de Samuel, quelle plaie !

Et pourtant Alexandre est un ami fidèle, prêt à payer une inconnue pour qu'elle couche avec Samuel. C'est maladroit, certes, mais il faut y lire un gage d'affection et d'amitié. Une amitié fulgurante, presque invraisemblable, plutôt bien écrite et dont finalement, on ne sait pas trop quoi attendre. À l'image du livre : une fois que la dernière page est lue, on ne sait plus vraiment ce que l'on en a pensé.

Il est fini, voilà tout. Nous a-t-il émus, transporté, agacé, amusé ? Un peu de tout cela. Un peu, mais pas trop. Juste assez ? Aucune idée. Mais se le demander c'est déjà avoir une réponse.


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