Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Sanglant hiver : horreur boréale

Cécile Pellerin - 10.07.2017

Livre - Littérature jeunesse - Islande - horreur


Destiné à la jeunesse adolescente, ce roman noir et d’horreur islandais d’une jeune auteure, Hildur Knutsdóttir et traduit par Jean-Christophe Saläun est assez atypique et inattendu. Dans une ambiance de fin du monde, d’effondrement de la civilisation, il n’évolue pas exclusivement dans un univers de science-fiction et met en scène des personnages plutôt réalistes au cœur d’une famille ordinaire, contemporaine et urbaine, assez proche, sans doute, de son lectorat.
 

Précis et attentif à décrire les relations intimes et familiales à travers le regard spontané et authentique d’enfants, le récit convainc par sa finesse psychologique ;  davantage d’ailleurs que par son pouvoir d’imagination ou sa couleur fantastique.
 

Ponctuée de situations dramatiques et cruelles, de scènes d’horreur violentes, parfois éprouvantes et gores, l’histoire évolue dans une atmosphère sombre et tragique, toute en tensions, mais conserve une attraction sensible et lumineuse également, portée principalement par Bragi et Bergljót, les jeunes héros (frère et sœur) et le voyage qu’ils effectuent à travers la beauté des paysages naturels islandais, sauvages et envoûtants.
 

Un équilibre efficace inscrit dans une tonalité alerte (rythmée par de nombreux dialogues) garantit une lecture presque sans temps mort, divertissante et concentrée, très dynamique et préparant assurément celle qui suivra. En effet, cette histoire est le premier volume d’un diptyque dont le second tome vient d’être d’ailleurs récompensé en Islande (Icelandic Literary Prize).
 



 

Bergljót rêve d’un garçon, Grímur, pendant que son petit frère Bragi pense à Andri, son meilleur ami. Et alors que les vacances d’hiver approchent et vont peut-être transformer ces doux rêves en réelles rencontres, leur mère, au dernier moment, brise leur espoir. Ils n’iront pas, comme cela était prévu, à leurs soirées respectives, mais devront accompagner leur père dans leur chalet à Anarstapi, à sa place, car la voilà retenue à Reykjavik, sur une affaire sérieuse qui pourrait bien faire décoller son cabinet d’avocats. Un changement douloureux que les trois protagonistes estiment injuste. « Elle ne supportait pas le fait que sa mère pouvait, d’une seule phrase, ruiner tout ce qu’elle avait mis tant de soin à organiser. Elle avait hâte d’être adulte, de décider pour elle-même. »
 

Éloignés sans réel enthousiasme de la capitale, ils échappent à l’horreur. Reykjavik est envahie par des monstres cannibales qui menacent bientôt le pays tout entier et obligent à fuir. Privés brutalement de leur mère, les enfants en compagnie de leur père et de deux autres personnages envisagent de se réfugier sur les îles Vestmann, situées au sud du pays. Une fuite périlleuse où le danger et la mort rôdent sans cesse, éprouvent leur force, les obligent à une autre vie, confrontés à l’horreur absolue.
 

De ce voyage forcé, chacun apprend sur soi, sur sa capacité à résister, à espérer, à survivre dans un environnement devenu hostile et imprévisible. Confrontés à la peur, à la culpabilité, à la folie, au désespoir, à la colère, les personnages mènent un combat douloureux, apprennent à vivre en groupe réduit, se lient d’amitié, tentent de rester unis, deviennent adultes. « Elle avait la sensation que mille ans avaient passé depuis. Qu’il s’agissait d’une autre vie, qu’une tout autre Bergljót avait vécue. »
 

Peu explicite sur les intentions des envahisseurs, ce premier volume focalise sur les victimes et sur les moyens de survie qu’elles déploient pour maintenir une harmonie sociale face au chaos. S’ils demeurent des personnages sensibles et fragiles, agités par le doute ou la peur, ils révèlent avant tout leur côté héroïque et résistant.
 

Leur capacité d’adaptation impressionnante, leur évolution saisissante (pas toujours crédible, mais peu importe) captiveront certainement le jeune lecteur. Un seul bémol, peut-être, la tristesse et le chagrin (la mort est toute de même omniprésente) apparaissent très sobrement et ôtent un peu d’humanité et de vraisemblance aux personnages ; désormais moins proches.
 

[Extraits] Sanglant hiver de Hildur Knútsdóttir  


Quant à l’écriture, elle manque parfois de relief et atténue la force que cette intrigue originale pourrait soulever même si, à mesure que les pages défilent, l’enthousiasme progresse et semble pouvoir annoncer un second tome plus exaltant. Ainsi, c’est à lire pour la suite à venir.



Sanglant hiver – Hildur Knutsdottir, trad. Jean-Christophe Salaün – Editions Thierry Magnier – 9791035200374 – 15,90 €


Pour approfondir

Editeur : Thierry Magnier
Genre :
Total pages : 336
Traducteur :
ISBN : 9791035200374

Sanglant hiver

de Hildur Knútsdóttir

Une épidémie ravage l'Islande, et des monstres venus d'ailleurs l'envahissent. D'où viennent-ils et resteront-ils ? L'Islande est-elle la seule attaquée ? Telles sont les questions cruciales que se pose Berglot réfugiée sur une île avec quelques survivants. Premier volume d'un diptyque horrifique.  

J'achète ce livre grand format à 15.90 €

J'achète ce livre numérique à 15.90...75297461.................09........1......