Sans prévenir : A la vie, à la mort !

Cécile Pellerin - 20.04.2015

Livre - Littérature jeunesse - maladie - adolescence


Certes, si vous avez lu "Nos étoiles contraires" de John Green, l'histoire que raconte Matthew Crow risque de prendre un air de déjà lu et vous semblera moins inédite et troublante mais pas moins intéressante pour autant. Ce roman anglais, à destination des ados à partir de 13 ans place donc le lecteur au cœur du quotidien particulier de jeunes adultes malades et s'immisce dans une rencontre amoureuse débutée à l'hôpital.

 

Sans excès de pathos, sans jamais s'appesantir sur le drame, avec une tonalité juste et assez convaincante, l'auteur, par la voix de son narrateur, Francis, 15 ans, raconte la vie d'un ado anglais, cadet de la famille, plutôt bien dans sa peau qui vit seul avec sa mère depuis que son père est parti, depuis que sa sœur jumelle est morte.

 

Elevé à la musique de Kurt Cobain, des Cure par son frère aîné, Chris, 24 ans,  graphiste designer gay ("il crée un magazine que personne ne lit, plein d'articles sur des groupes que personne n'écoute"), aujourd'hui installé en colocation avec une jeune femme Fiona absolument ravissante, Francis est un enfant plutôt choyé dans une famille unie puisque même sa grand-mère est très présente, veille à ce qu'il se nourrisse bien, n'a de cesse de faire des recommandations à sa fille, parfois excédée. "Ce qu'il lui faut c'est une bonne assiettée de tourte à la viande hachée, une bonne purée Cadbury et une demi-boîte de petits pois."

 

Une existence ni simple ni trop compliquée jusqu'à ce que Francis, apprenne, suite à plusieurs hémorragies successives, qu'il souffre d'une leucémie et qu'il va devoir être hospitalisé un certain temps et subir un traitement chimio thérapeutique éprouvant. Là commence une vie plus bouleversée, une mère qui craque ("elle était probablement une alcoolique bien compensée"), un père qui réapparaît, des enseignants soudainement plus bienveillants ("les profs ont commencé à me noter mieux que je le méritais"), des camarades de classe plus camarades que jamais, un frère extrêmement présent, brusquement plus mature et dévoué comme un père, qui l'accompagne sans jamais renoncer ni douter de la guérison de son frère avec une grande pudeur, une infini sensibilité qu'il cache derrière des plaisanteries.

 

Et puis, parce qu'avec l'adolescence viennent également les premier émois amoureux, Francis rencontre Ambre, Ambre rencontre Francis et l'histoire d'amour naissante, intense car urgente, fortifie le récit sans lui ôter son réalisme et sa crédibilité, reste sobre, n'exclut jamais les autres personnages, s'insère avec naturel et convainc d'autant plus, touche avec délicatesse.

 

Sans jamais se départir d'une pointe d'humour et d'un détachement léger, en évitant avec brio, la focalisation sur le duo malade, Matthew Crow, notamment par la forte présence  et l'originalité des personnages secondaires (notamment Julie et Colette, les mères),  livre un texte ni complaisant ni misérabiliste  auquel le lecteur s'attache d'emblée.  Une lecture sans peine, un bel équilibre de tristesse et de plaisir, de gravité et d'espoir.