Sauf quand on les aime : la vie en coloc'

Cécile Pellerin - 02.09.2014

Livre - Toulouse - littérature française - Amitié


Cette histoire a un peu la tonalité des romans d'Anna Gavalda ou de Marie-Sabine Roger, se veut moins féroce que le précédent roman mais n'enthousiasme pas avec la même force au final et laisse le lecteur désappointé, pas vraiment convaincu, hésitant trop souvent entre agacement et émotion, ennui et divertissement.

 

Un roman inégal donc, parfois sensible, parfois mièvre où les personnages, pourtant tous attachants mais sans réelle profondeur, ne séduisent pas intensément et laissent le lecteur à distance.

 

Et pourtant, c'est une histoire contemporaine, dans l'air du temps, à la fois banale et proche, mais à laquelle il manque comme un brin d'authenticité, de naturel pour pouvoir y adhérer sans modération.

Dans un immeuble d'un quartier populaire de Toulouse, cohabitent trois jeunes gens. Claire, violoncelliste timorée et fragile, empreinte d'une douce bienveillance à l'égard de ses colocataires et voisins, indécise, pleine de doutes et de culpabilité. Juliette, employée dans un EPHAD, orpheline et assez désabusée et Kader, jeune ouvrier du bâtiment tunisien, amoureux  (sans retour) de Juliette.

 

" Le mélange est réussi, bancal mais chaleureux."

 

Une vie ensemble pour tenter d'échapper à une solitude et une précarité éprouvantes, retrouver une sorte de famille et s'épauler à tour de rôle, atténuer les souffrances intimes.

 

L'arrivée de Tisha, jeune femme farouche, meurtrie mais combattante et la rencontre avec Monsieur Bréhel, vieux voisin esseulé ("une tête de chien crevé") vont confronter cette jeunesse à une réalité difficile, parfois sordide, rude et violente, portée par le chagrin et la douleur, mais toujours contrebalancée par une grande tendresse, de la solidarité et de l'espoir,  de l'amour aussi.

 

Une jeunesse en construction qui prend son envol, croit encore à la liberté et à une société plus juste, plus humaine, moins individualiste et  plus soucieuse de l'autre, intergénérationnelle.

 

Un style assez vivant, des dialogues alertes, dans une ambiance bien actuelle (par exemple, citations de Fauve, Mansfield TYA mises en exergue des différentes parties qui découpent le roman), où les révoltes populaires des pays arabes, l'aspiration à un autre mode de vie (Kora au Népal, projet de structures d'accueil capables d'accueillir jeunes et vieux ensemble, éco-villages, le mouvement Colibris, initié par Pierre Rabhi…) imprègnent le récit, orientent sans doute le point de vue de l'auteur (mais sans insistance); semblent vouloir délivrer un message d'une autre société, plus humaine, plus tolérante et solidaire que financière et capitaliste. Intéressant forcément mais peut être abordé dans cette histoire d'une manière un peu factice, inaboutie et peu crédible qui laisse le lecteur perplexe et légèrement insatisfait.

 

Par contre, à l'instar de "Le vase où meurt cette verveine", son précédent roman,  Frédérique Martin excelle dans l'art de décrire la vieillesse,  l'ambiance des maisons de retraite ("odeurs de bave et de soupe industrielle"). C'est souvent cynique et cruel mais d'une justesse implacable.