Sauvages : le génocide culturel des Indiens au Canada

Nicolas Gary - 01.10.2018

Livre - Nathalie Bernard Sauvages - pensionnats autochtones Canada - Indiens enfants génocide


YOUNG ADULT ÉTRANGER – Il fallait une prise de conscience et des termes forts : celui de génocide est alors apparu. Durant plus d’un siècle et demi, les Indiens du Canada ont subi une oppression de l’envahisseur. Des pensionnats avaient fleuri sur le territoire, qui n’accueillaient que des enfants, séparés de leur famille. Avec le projet de « tuer l’indien » en eux. 


 

 

Pour mesurer l’horreur, il faut connaître l’histoire : on considère que les pensionnats autochtones, autrement appelés écoles résidentielles, sont apparus en 1820. Et elles ont continué de sévir, infligeant mutilations, humiliations, brisant les êtres, jusqu’en 1990. Comme il se doit, c’est à des prêtres catholiques que l’on a confié le soin de pulvériser l’altérité des Premières nations — le savoir-faire en la matière n’est plus à démontrer dans l’Histoire.

 

Le gouvernement fédéral s’est décidé à unifier à tout crin, et absorbé ces peuples aux coutumes trop peu occidentales – ces barbares aurait-on dit en d’autres temps. Première approche : apprendre la langue française, quand on se trouvait au Québec. Et aux mauvais élèves, on pouvait apposer une lame de rasoir sur la langue. Essayez de déglutir dans ces conditions… 

 

Il fallait à tout prix et sans aucune mesure de l’humanité, les empêcher de parler leur propre langue. 

 

Le Québec comptait officiellement six pensionnats — un seul anglican. Les enfants y entraient vers cinq ans, arrachés à leur famille, et méthodiquement détruits. En quelques années, ils devaient être assimilés et prendre part à la culture eurocanadienne en vigueur. Le dernier des pensionnats ferma en 1996, et il fallut attendre une douzaine d’années pour que le Premier ministre de l’époque, Stephen Harper, présente des excuses publiques.

 

En tout, on considère que 150 000 enfants sont passés par ces machines à broyer. (en savoir plus

 

Un génocide culturel durant plus de 150 ans
 

À présent, il devient possible d’entrer dans le livre de Nathalie Bernard, Sauvages. Et de suivre Jonas — mais en ces lieux, les noms sont factices, religieux et imposés. Il s’appelle 5, parce qu’il entra en cinquième dans le pensionnat, âgé de 6 ans. Après des années, voici qu’à 16 ans, il s’apprête à quitter cette prison.

 

Au fil du temps, il a baissé la tête, courbé l’échine, toujours pour gagner la confiance des blancs venus l’évangéliser — tuer l’indien dans l’enfant. Asservi, en apparence, il ne lui reste que deux mois avant de retrouver sa liberté. Le temps semble s’étirer, mais Jonas a pris toutes les précautions : ne s’attacher à personne, faire semblant, donner aux tortionnaires l’image qu’ils attendaient.

 

Il va sortir. Bientôt. Il aurait pu même s’en sortir. Il quittera bien son pensionnat, mais avec une rage et une colère décuplées.

 

Quand la Commission Vérité et réconciliation du Canada remit son rapport sur les pensionnats en juin 2015, elle parla de génocide culturel. Les enfants de ces pensionnats furent près de 3200 à mourir, de mauvais traitements, de maladies — la tuberculose en premier lieu. Il se pourrait d’ailleurs qu’elle fût délibérément introduite dans les pensionnats. Il fallait éradiquer une culture gênante, le gouvernement fédéral mit en place la machine parfaite pour ce faire. 

 

« Un État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles commet un génocide culturel. Le Canada a fait tout ça dans sa relation avec les peuples autochtones », peut-on lire dans le rapport. 
 

[Extrait] Sauvages de Nathalie Bernard

 

Ce que l’on découvre dans ce roman de Nathalie Bernard colle à cette terrifiante réalité : pas de concessions ni de poussière qui passerait sous le tapis. L’effroyable condition de ces enfants est rendue dans un récit qui rapidement révolte, écœure, stupéfie d’horreur.

 

Mais comme la fiction se doit d’offrir une chance à l’Histoire, celle de Jonas sera la quête d’une liberté arrachée avec les dents. Et tout cela finira avec un sentiment de semi-justice, sa rage finissant par gagner le lecteur, acquis à sa cause.

Quand le criminel n’a pas de visage, son crime n’en est que plus infâme. 


 

Nathalie Bernard – Sauvages – Editions Thierry Magnier – 9791035201852 – 14,50 € 
 

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Pour approfondir

Editeur : Thierry Magnier
Genre :
Total pages : 288
Traducteur :
ISBN : 9791035201852

Sauvages

de Nathalie Bernard

Arraché à sa famille, Jonas vit depuis ses 10 ans dans un pensionnat pour enfants autochtones et se plie aux règles qui ont pour but, petit à petit, de tuer l'Indien en lui. Comment survivre au sein de cet enfer ? Un roman poignant et captivant qui dénonce ces pensionnats, véritables prisons qui ont existé aux Québec jusqu'à la toute fin du XXe siècle.

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