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Se mobiliser en situation autoritaire, une histoire du théâtre

Audrey Le Roy - 23.05.2017

Livre - mobiliser situation autoritaire - théâtre Mathilde Arrigoni - Presses Science Po


« Le théâtre est un géant qui blesse à mort tout ce qu’il frappe », disait Beaumarchais. Le théâtre a-t-il toujours eu la fonction « d’agitateur de conscience » ? C’est par cette question que Mathilde Arrigoni, docteur en politique comparée et agrégée d’espagnol, introduit son essai, Le théâtre contestataire et publié par les presses de Sciences Po (en librairie le 25 mai 2017).



Cette étude vient compléter sa thèse en doctorat de sciences politiques qu’elle présenta en 2013 et qui avait pour sujet : Se mobiliser en situation autoritaire : une comparaison des contestations théâtrales argentine et chilienne (1973-1990).


theatre-contestation

 

L’auteur fait ici une distinction entre théâtre contestataire et théâtre militant, en nous présentant leurs différences, mais elle insiste sur le fait que, quoi qu’il en soit, depuis que le théâtre existe, il semble qu’il ait « la capacité de transformer des émotions, de subvertir un contexte, un régime ou une situation, de mobiliser les spectateurs voire les rallier à une cause. »

Le simple fait que la censure ait souvent interdit la représentation de certaines pièces, est la preuve que le pouvoir, quel qu’il soit, le craint, et Mathilde Arrigoni de préciser que «la censure naît en même temps que le théâtre, en Grèce antique », dès lors, nous avons du mal à y voir qu’une simple coïncidence ! 

 

Une histoire du théâtre

 

Sous la Grèce antique, le théâtre est autorisé et réglementé par le pouvoir en place. Cet art est mis à l’honneur « deux fois par an : lors des Grandes Dyonisies, et lors des Petites Dyonisies, où les auteurs s’affrontent […] pendant cinq jours ».
Si les représentations sont contrôlées, les autorités ont néanmoins conscience de l’importance de celles-ci et des mesures économiques sont alors mises en place afin que même les plus pauvres puissent y assister.

 

Pendant le Moyen Âge, en Occident, le théâtre a pour principale mission de « diffuser le message des Évangiles ». En effet, le taux d’illettrisme étant très élevé, il s’agit là d’un bon moyen de faire passer de communiquer, et ce de façon plus attrayante que via la messe dominicale.

Contrairement au théâtre antique, les représentations sont payantes, ce qui exclut les personnes les plus modestes.

Sous les XVIe et XVIIe siècles, le théâtre devient un instrument de propagande royale.

Les comédiens font « des pieds et des mains » pour attirer l’attention du monarque et ainsi bénéficier de sa protection… et de ses pensions. L’exemple venant à l’esprit est alors évidemment celui de Molière et de Louis XIV. Mais outre-Atlantique, c’est à Élisabeth Ier et à Shakespeare que nous devons le fleurissement des salles dédiées aux représentations. Évidemment, la seule et légère contrainte consistait dans le fait que les pièces devaient « rendre manifeste le fonctionnement éblouissant de l’État. »

Plus récemment, « le théâtre devient un outil du service public » et la création en 1920 du Théâtre National Populaire, en est un exemple flagrant. En 1944, la France voit la création de nombreux Centres Dramatiques Nationaux qui auront pour mission de sortir le théâtre des grandes villes afin d’atteindre les populations rurales.

Avec une politique culturelle qui prend de plus en plus de place dans la politique française, il semble évident que celle-ci essaie de contrôler a minima la production, cela peut passer, par exemple, par l’octroi ou non de subventions publiques.

Mais qu’en est-il dans les autres pays ? Ceux qui sont sous régime autoritaire ? Quelle y est la place du théâtre ? Quelle forme prend-il ?

Après avoir fait le constat d’un lien qui a toujours existé entre théâtre et politique, Mathilde Arrigoni met l’accent sur la production contemporaine ; sur l’évolution idéologique en fonction des politiques et des conflits ; sur sa façon de toujours aller au-devant de son public et sur la prise de conscience qu’il peut susciter en lui.

 

« Si le théâtre peut changer la vie de quelqu’un par voie de conséquence, il peut certainement changer la société, puisque nous en faisons partie », rappelerait Sarah Kane. Un essai qui nous rappelle, si besoin était, que le théâtre, et a fortiori la culture, est nécessaire pour faire évoluer les sociétés.