Si tu cherches la pluie, elle vient d'en haut : la lutte indispensable contre tous les fanatismes selon Y.Belaskri

Mimiche - 29.08.2013

Livre - fanatisme - Afrique - corruption


Déhia et Adel profitent, en amoureux, de vacances dans un pays méditerranéen du Sud de l'Europe. Ils découvrent ensemble les siècles de culture qu'abritent ces villes lumineuses. Et tentent d'oublier.

 

Déhia était une jeune professeur d'Université brillante et dynamique, toute remplie de son ambition à faire profiter son pays, également méditerranéen mais d'Afrique du Nord, de sa culture, de son ouverture d'esprit, de son espoir dans l'avenir, de son amour pour Salim.

 

Mais ces élans généreux ont été anéantis quand sa mère a été assassinée sauvagement, chez elle, à coups de couteau. Retrouvée baignant dans son sang par son mari Smaïn, ce dernier a conjuré Salim de partir et d'emmener Déhia ailleurs, vivre une nouvelle vie loin de la terre de leurs ancêtres certes, mais surtout loin de cette vie qui ne sait que donner la mort dans un univers de fanatisme grandissant.

 

Avant d'avoir eu seulement le temps d'enterrer sa mère, Déhia va perdre aussi Salim, jeune professeur aussi brillant et plein d'avenir qu'elle, lâchement assassiné au beau milieu des couloirs de l'Université.

 

Adel, quant à lui, n'a pas été épargné, ni dans son âme ni dans son corps.

 

Ayant croisé le chemin l'un de l'autre, ensemble, ils tentent de se reconstruire.

 

 

 

Je ferai deux reproches à ce livre.

 

Le premier est relatif à l'écriture qui aurait mérité un peu plus de finition, un peu plus de travail pour donner à cette histoire l'écrin qu'elle méritait.

 

Le second est relatif l'épilogue du roman, un peu trop tiré par le hasard et qui aurait certainement pu se satisfaire d'une situation moins convenue tout en restant au moins aussi intense.

 

Pourquoi avoir commencé par des reproches ? Pour les oublier aussitôt et ne plus me rappeler que d'un drame aux fondements multiples, digne des plus belles tragédies classiques.

 

Yahia BELASKRI sait raconter les choses les plus terribles et regarder les évènements les plus indicibles droit dans les yeux comme pour tenter de les conjurer.

 

Comme s'il avait, ancrée au fond de lui, l'intime conviction que dire, écrire ces choses affreuses allait contribuer à les faire apparaître telles qu'elles sont : aussi abominables, que révoltantes et inhumaines ! Et ainsi ouvrir la voie non pas à la contrition, non pas à la confession mais à la remise en cause profonde et re-fondatrice indispensable pour créer les conditions d'un nouvel avenir où tolérance, ouverture d'esprit, justice ou encore honnêteté ne seraient plus de vains mots.

 

Ayant masqué toute référence géographique qui n'aurait eu qu'un effet d'ostracisme inutile, il donne ainsi à son roman une dimension supplémentaire d'universalité de la lutte indispensable contre tous les fanatismes, tous les abus de pouvoir, toutes les corruptions dont l'Homme est finalement capable et coupable d'infliger à ses semblables.

 

Au delà de l'horreur transcrite perce un appel humaniste universel et puissant dont on peut cependant regretter que ce ne sont pas ceux à qui il est destiné et qui auraient à le méditer qui l'entendront en lisant ce livre.

 

 A noter : Ce livre s'inscrit dans la sélection du prix Ligne d'Horizon.